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En Afrique, impliquer les partenaires des femmes enceintes pour améliorer la prévention du Sida


D’après les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, 75 % des 40 millions de personnes actuellement infectées par le VIH   vivent en Afrique subsaharienne. Dans cette région, un obstacle majeur à la prévention de la maladie demeure l’insuffisance du dépistage. La faible proportion de personnes connaissant leur statut sérologique s’explique notamment par leur réticence à effectuer une telle démarche, un résultat positif ayant longtemps été perçu comme une condamnation à mort à plus ou moins brève échéance. Malgré les possibilités de prévention de la transmission du virus à l’enfant, cette méfiance à l’égard du dépistage se retrouve chez les femmes enceintes qui redoutent d’être rejetées par leur conjoint en cas de séropositivité. En Côte d’Ivoire, une équipe de l’IRD, en collaboration avec l’Inserm et avec le soutien de l’ANRS, qui a accompagné un groupe de femmes pendant les 2 années suivant la proposition d’un dépistage du VIH   au cours d’une grossesse, a montré l’importance pour elles de pouvoir parlerà leur conjoint de cette opportunité. Les résultats de ces travaux devraient permettre de proposer aux femmes enceintes une aide psychosociale à des moments clés, pendant ou après leur grossesse, pour les aider à mieux gérer l’infection par le VIH   et ses conséquences au niveau de leur couple.

D’après l’Organisation mondiale de la santé, près des 3⁄4 des 40 millions de personnes infectées par le virus du Sida   vivent en Afrique subsaharienne. Sur les 4,3 millions d’individus contaminés en 2006, 65 % l’ont été dans cette région du monde où les femmes constituent une population particulièrement à risque. En Côte d’Ivoire, il y aurait par exemple deux femmes contaminées pour un homme.

Contrairement à ce que l’on constate dans les autres régions du monde, la majorité des personnes vivant avec le VIH   en Afrique sub- saharienne sont des femmes. Les médecins tentent d’abord de convaincre les femmes enceintes d’accepter le dépistage car, sans traitement, elles courent le risque de transmettre le virus à leur enfant pendant et après la grossesse. Dans cette perspective, de nombreux pays d’Afrique ont donc mis en place, depuis plusieurs années, des programmes de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant. Cette initiative consisteà assurer un suivi médical et parfois psychologique des femmes enceintes séropositives pour prévenir, par des traitements médicaux adéquats, la contamination de leur bébé. Malheureusement, beaucoup de femmes restent réticentes au dépistage du VIH   car elles redoutent d’être rejetées par leur partenaire en cas de test positif. En Côte d’Ivoire, près de 40% des femmes enceintes refusent ainsi d’être dépistées. L’homme étant en général perçu comme un frein à l’acceptation du dépistage, il reste peu impliqué dans les programmes de prévention.

Une série de travaux publiés par une équipe de l’IRD, en collaboration avec l’Inserm et l’ANRS, ouvre des perspectives pour une meilleure implication des conjoints dans le processus de dépistage prénatal et de prévention du VIH  . Pour cela, les chercheurs ont proposé à des femmes enceintes ivoiriennes un test de dépistage du Sida   ainsi qu’un accompagnement psychosocial au cours des deux années suivantes. Plus de 900 femmes ont accepté le test et la participation à l’étude, dont 546 séropositives et 393 séronégatives. Par ailleurs, 62 femmes ayant refusé le dépistage ont cependant accepté d’être suivies.

Cet accompagnement sur le long terme montre que les conseils et le dépistage prénatal du VIH   permettent d’améliorer l’impact des campagnes de prévention de la maladie, même en cas de refus du test. Après leur avoir suggéré de se faire dépister, la proportion de femmes qui décident de parler des risques de contamination avec leur partenaire augmente en effet d’environ un tiers chez celles qui ont accepté le test et de 20 % chez celles qui l’ont refusé.

Par ailleurs, pour mieux comprendre comment aider les femmes infectées par le VIH   à franchir l’étape difficile que constitue l’annonce au conjoint de sa séroposivité, l’équipe de l’IRD a identifié les moments qu’elles privilégient pour en informer ce dernier : cette démarche s’effectue avant l’accouchement pour deux tiers d’entre elles, au moment du sevrage de l’enfant pour celles qui allaitent leur bébé ou plusieurs mois après l’accouchement, lors de la reprise des rapports sexuels. Ces résultats montrent qu’un soutien psychosocial offert aux femmes séropositives lors de ces trois moments clés les aide à mieux gérer leur infection dans le cadre conjugal tout en permettant d’améliorer l’acceptabilité du dépistage prénatal.

L’étude révèle enfi n que la proposition d’un dépistage du Sida   est bénéfique quelle que soit la décision prise par les femmes. Parmi celles qui ont refusé le test, 8 sur 10 en discutent en effet avec leur partenaire auquel elles suggèrent de se faire dépister. Et lorsque celui-ci entreprend cette démarche, sa décision influe beaucoup sur le fait que la femme accepte à son tour le dépistage, 20% de celles qui l’avaient d’abord refusé changeant d’avis à la fin du suivi.

A la lumière de ces résultats, qui illustrent une évolution des sociétés africaines, les programmes de prévention devront certainement, à l’avenir, s’adresser davantage aux partenaires masculins. Alors qu’il y a encore une vingtaine d’années, la plupart des mariages célébrés en Afrique scellaient le rassemblement des terres de deux familles, sans possibilité d’opposition des deux époux, le continent compte désormais de plus en plus de couples dont l’union, qui relève d’un consentement mutuel, est marquée par des liens matrimoniaux forts qui permettent d’affronter la découverte de la séropositivité de l’un des deux conjoints. Reste que ces couples coexistent toujours avec d’autres, plus traditionnels, pour lesquels la sexualité et a fortiori le dépistage du Sida   demeurent malheureusement des sujets tabous.

Contact : ANNABEL DESGRÉES DU LOÛ Centre Populations et développement (CEPED) UMR Paris Descartes-INED-IRD Equipe Santé, genre, mortalité Annabel.desgrees ird.fr


Publié sur OSI Bouaké le mercredi 23 avril 2008

 

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