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Zambie : une affaire judiciaire ravive le débat sur le dépistage du VIH


Lusaka, 21 octobre 2009 - PlusNews - La situation des droits humains en Zambie est portée devant les tribunaux par deux anciens militaires de l’armée de l’air, qui affirment avoir été licenciés en raison de leur séropositivité.

Stanley Kingaipe et Charles Chookole affirment qu’ils ont été soumis, à leur insu, à un dépistage du VIH  , reçu un traitement contre cette maladie sans en être informés, puis renvoyés pour raisons médicales, un an plus tard. Ils estiment que leur licenciement était fondé sur leur séropositivité et demandent à être réintégrés dans l’armée ; ils poursuivent également l’armée pour les dommages qu’ils déclarent avoir subis sur le plan mental et émotionnel.

L’armée de l’air a nié ces accusations, affirmant que M. Kingaipe avait été démobilisé parce qu’il avait un cancer, et que M. Chookole était atteint de tuberculose.

L’affaire, qui est jugée par la Cour suprême de Livingstone, la capitale touristique de la Zambie, a ravivé un débat sur la légitimité d’un dépistage obligatoire du VIH   dans un pays où 14 pour cent des 11,7 millions d’habitants sont séropositifs, mais où seulement 15 pour cent ont déjà effectué le test du VIH  , d’après le ministère de la Santé.

Le dépistage obligatoire du VIH   est illégal en Zambie, mais, dans le but d’étendre la portée des services de conseil et de dépistage volontaires (VCT), le gouvernement a mis en place, en 2005, un système dans lequel l’initiative du dépistage vient du personnel médical, et non du patient : les personnes se rendant dans des établissements de santé publics sont systématiquement soumis au test du VIH  , quelle que soit la raison pour laquelle ils viennent consulter, à moins qu’ils ne s’y opposent expressément.

D’après Kapembwa Simbao, ministre de la Santé, les personnes connaissant leur statut sérologique sont encore trop peu nombreuses ; à la grande consternation des activistes des droits humains et de la lutte contre le sida  , elle a appelé à l’introduction du dépistage obligatoire en décembre 2008.

D’après The Post, un journal local, Mme Simbao a déclaré : « Le VCT a atteint ses limites ; nous devons donc avancer, et faire en sorte d’obliger tout le monde à effectuer un dépistage. Les personnes qui meurent de cette maladie sont de jeunes enfants innocents et de jeunes hommes et femmes très productifs, ce qui ruine la productivité de notre pays ».

Ce n’est pas l’avis de Sam Kapembwa, du Zambia National AIDS Network [ZNAN], un groupe qui fédère différentes organisations non gouvernementales de lutte contre le VIH  /SIDA  . « Nous pensons que les militaires devraient être soumis à des tests évaluant leur condition physique, et non au dépistage du VIH   », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. « Il est inacceptable d’imposer le test du VIH   aux militaires, sans même parler de licencier ceux qui sont diagnostiqués séropositifs ; cela revient à promouvoir la stigmatisation et la discrimination ».

Le gouvernement a nié le fait que les deux militaires aient été soumis au dépistage du VIH  , mais les anciens officiers ont affirmé à la cour qu’ils avaient dû effectuer, en 2001, des prélèvements sanguins qu’ils pensaient être des examens de routine, et que, suite à ces tests, ils avaient été mis sous traitement sans être informés de la nature des médicaments qu’ils recevaient. Un an plus tard, une commission médicale les a déclarés définitivement inaptes au service.

Quelques temps après leur démobilisation, les deux hommes ont effectué un dépistage volontaire du VIH  , et ils affirment avoir découvert seulement à ce moment-là que les médicaments qu’ils prenaient étaient des antirétroviraux (ARV  ), utilisés pour traiter le VIH  .

L’armée est le plus gros employeur public, dans un pays qui compte seulement 500 000 emplois formels, mais les soldats sont également le groupe le plus exposé au risque VIH  .

Un agent de police a indiqué, sous couvert d’anonymat, que les examens de routine étaient habituels au sein des services de police, afin de surveiller la condition physique des agents, mais que le test du VIH   n’était pas inclus dans ces contrôles. « Peut-être que, ces dernières années, les mentalités ont commencé à évoluer, en raison du nombre de morts [d’infections liées au] sida   au sein des forces de sécurité, et à cause des implications pour le pays, en termes de coûts », a-t-il commenté.

Sam Kasankha, porte-parole de la Commission des droits humains, a annoncé que cet organe gouvernemental était attentif au débat sur le dépistage obligatoire, mais n’avait pas encore définitivement arrêté sa position sur le sujet.

« Personnellement, j’estime que tout dépistage obligatoire va à l’encontre des droits de l’individu », a-t-il observé. « Chaque être humain a le droit de décider s’il est prêt ou non à connaître son statut [sérologique] ; cette donnée ne doit pas influencer la décision d’embaucher ou de licencier une personne ».


Publié sur OSI Bouaké le mercredi 21 octobre 2009

 

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31 octobre 2009, par Sand   [retour au début des forums]

Passionnant. Précisément ce que j’avais envie de lire au lendemain de la proposition d’une "dépistage généralisé" de la population française. Je vais envoyer cet article à l’HAS, à Act Up et Aides pour qu’ils (re)commencent à réfléchir avec leur tête.