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Traumatisme et adoption, un regard clinique


OSI Bouaké, Sandrine Dekens [1], le 29 janvier 2010

Les événements récents survenus en Haïti amènent aujourd’hui des enfants de ce pays à arriver en urgence en France pour y être adoptés. Cette succession d’épisodes bouleversants dans la vie d’un enfant conduit à un cumul de risques traumatiques, non équivalents entre eux, très fortement susceptibles de produire une importante blessure psychique, qui peut rester invisible et qui nécessite une prise en charge professionnelle sans délai. Après la publication du texte de Bernard Golse sur ce sujet (Lire son article du 25/01/10), j’ai souhaité lui emboiter le pas et revenir sur les conséquences cliniques d’un tel cumul.

Une succession d’évènements traumatiques

Un tremblement de terre. Pour commencer, l’exposition à un tremblement de terre d’une forte amplitude est susceptible de produire un état de stress post traumatique chez les enfants qui l’ont vécu. Cet état est pour partie lié à la perception d’un risque de mort imminente, pour soi et pour ceux que l’on aime, à la frayeur intense résultant du vécu d’anéantissement, associée à un sentiment d’impuissance dans une atmosphère de fin du monde, ainsi qu’au contexte de survie qui a suivi le tremblement de terre. Que l’enfant ait vécu lui-même des scènes d’horreur ou qu’il en ait été le témoin (auditif, oculaire, etc.), et quel que soit son âge, fut-il un bébé, il conservera des traces psychiques du trauma.

Frederic Koening, Haïti, 2005, Sophot.com

Des traumatismes antérieurs. Un traumatisme actuel est toujours susceptible d’en réveiller un précédent, et pour certains enfants haïtiens, il est possible que le traumatisme lié au tremblement de terre soit venu s’inscrire dans un psychisme déjà fragilisé. En effet, les enfants qui vivent dans les orphelinats haïtiens ont bien souvent déjà un parcours traumatique parfois considérable : misère, faim, maltraitance, ils ont été livrés à eux-mêmes (enfant des rues), ont eu très jeunes la responsabilité de leurs frères et sœurs. Ils ont pu souffrir d’un contexte politique violent et répressif. Certains ont subi la perte d’un ou des deux parents (pour cause de misère, maladie ou suite à des violences), d’autres sont des enfants abandonnés.

Un transfert en France. Avec leur transfert en France, ces enfants qui avaient déjà vécu un certain nombre de pertes antérieures auxquelles s’ajoutent celles liées à la catastrophe, vont alors perdre leur « berceau culturel » (langue, odeurs, familiarité de l’environnement, etc.), ce qui « donne du sens à leur monde » et vont être plongés dans un vécu de profonde étrangeté. Dans les thérapies de jeunes adultes ayant été adoptés enfants en Haïti, certains ont raconté qu’ils étaient pour la première fois en contact physique avec des personnes blanches. Ils vont être brutalement confrontés au passage brutal d’un monde à l’autre, d’un monde de la carence et du manque à celui du trop-plein. Les enfants arrivants seront donc exposés à la frayeur, l’insécurité et l’incompréhension, ce qui risque de déborder leur psychisme. « J’ai vu (des enfants haïtiens) qui arrivaient à Paris prostrés et réfugiés dans le mutisme, après avoir subi de multiples traumatismes : celui de l’abandon, du séisme, puis du transfert », a déclaré Nadine Morano dans Le Point du 27/01/10.

Une adoption plénière. Comme l’ont montré nos travaux de recherche antérieurs (Lire : Dekens, S. (2006), « Fabrication, initiation, métamorphose et traumatisme », in Exposés et sauvés. Le destin singulier des enfants adoptés à l’étranger, Mémoire de psychologie clinique et psychopathologie, Saint-Denis : Paris 8, pp 56-57), le processus auquel est soumis l’enfant étranger au cours de son adoption plénière vise à fabriquer une nouvelle identité (construction d’une fiction juridique par effacement des filiations antérieures, réécriture de l’acte de naissance et changement de nom) qui doit donner naissance à une nouvelle personne. Ces interventions peuvent être qualifiées de traumatiques au sens où elles provoquent une effraction qui va initier une réorganisation profonde du psychisme de l’enfant, et le déclenchement d’un processus métamorphosique. C’est pourquoi nous avions mis en évidence dès 2005, que le dispositif de l’adoption internationale a en soi une dimension traumatique. Il produit un temps zéro dans la vie de l’enfant, ainsi que des effets de déculturation et de désaffiliation, qui sont pensés comme autant d’étapes considérées comme nécessaires pour créer les conditions favorables pour accueillir une nouvelle filiation, une nouvelle culture, une nouvelle famille.

Des parents bouleversés. De l’autre côté de l’océan, les futurs parents de ces enfants ont également été des témoins de la catastrophe par médias interposés, et ont absorbé une grande quantité d’images, bouleversés d’inquiétude et saisis d’une empathie très forte envers leur enfant. Ils ont eu peur pour les enfants, peur qu’ils meurent, qu’ils disparaissent, soient blessés, seuls et terrifiés. Ces futurs parents peuvent manifester également des symptômes traumatiques (ex : difficulté à « décrocher » des actualités, avidité morbide face aux images, cauchemars, forte anxiété, oppression, sensations de désastre imminent…). Dans ce contexte, ils peuvent mettre en scène des « retrouvailles » pleines d’émotion avec un enfant qui pourrait se sentir très insécurisé face à ceux qui ne sont pour lui encore que des étrangers.

"J’aurais aimé être près de toi lorsque le tremblement de terre a passé... J’aurais aimé être là pour te réconforter... J’aurais aimé te venir en aide et apaiser tes pleurs... J’aurais aimé panser tes blessures et te donner à boire... J’aurais aimé te dire "je t’aime"... Comme j’aimerais perdre cette boule dans la gorge et ce noeud qui font que je suis si mal et inquiète". Manuela, Blog Petit soleil d’Haïti, 14/01/10

L’extrême fragilité psychique des enfants. Les futurs parents devront donc accueillir un enfant privé de toutes ses enveloppes protectrices, un enfant « à vif », marqué par les pertes et se sentant étranger au monde qui les accueille. Pour que cet enfant puisse devenir très progressivement leur fils/fille, et que cette surexposition à des événements traumatiques sur une courte durée n’hypothèque pas ses capacités de récupération, les soins psychiques sont nécessaires. Les familles ont intérêt à se tourner vers des spécialistes du traitement du traumatisme (en particulier chez l’enfant) et de la psychologique en terrain humanitaire. A défaut, ils peuvent se tourner vers des psychothérapeutes non spécialisés dont l’approche donne une large place aux éléments de contexte (ex : thérapie familiale) et qu’ils informeront de la situation de l’enfant.

Les manifestations cliniques du traumatisme psychique

Les manifestations peuvent considérablement varier selon l’âge de l’enfant, son parcours antérieur au tremblement de terre, et ce qu’il a vécu pendant et après le séisme.

Pendant l’exposition au danger, les bébés et très jeunes enfants qui ne peuvent courir et s’enfuir, se protègent de manière réflexe « en faisant le mort » : le corps reste immobile et entre dans une sorte de léthargie physiologique, ses fonctions vitales ralentissent. Au niveau psychique, cet état de « gel » des sensations et des émotions (« freezing ») correspond à une protection, mais également à un état de sidération face à l’impensable, une incapacité à organiser les événements et à leur donner du sens.

Juste après l’exposition au danger, comme saisis par la frayeur, il se peut que certains enfants, en grand état de choc, montrent un état de vigilance accrue comme dans l’expectative d’une nouvelle menace : attention très vive aux bruits, enfant sur le « qui-vive », montrant une tension corporelle importante, une certaine agitation, pleurant beaucoup, dormant peu…

Dès lors que le danger semble écarté, la réaction immédiate paraît fort surprenante : l’enfant continue « comme avant », « comme s’il ne s’était rien passé ». Il peut n’y avoir aucune manifestation clinique, mais pour autant, cela ne signifie pas que l’enfant soit indemne. Et pourtant, il sourit, il joue, il paraît insouciant… Les deux témoignages ci-dessous montrent très bien cette mise entre parenthèse psychologique qui surprend les secouristes.

Extrait du témoignage de Dany Laferrière : « Plus de douze heures après, on a pu sortir (ndr : des décombres) le bébé qui n’avait pas cessé de pleurer. Une fois dehors, il s’est mis à sourire comme si rien ne s’était passé ». Dany Laferrière, « Tout bouge autour de moi », 21/01/10

Extrait du témoignage d’un secouriste : « Elle était retenue prisonnière par trois grosses dalles de béton. La première dalle tenait sur des chaises en plastique de jardin, c’est ce qui l’a maintenue en vie. Pendant une semaine, elle n’a vu le jour qu’à travers de minces interstices entre les pierres. (…) La dalle a commencé à bouger et on a pu introduire une caméra infrarouge. Je lui ai demandé : « Comment ça va ? ». Elle m’a répondu : « Ça va et vous ? ». Elle répétait que tout allait bien, c’était incroyable. Et quand enfin, on a pu écarter la dalle, la première chose qu’elle a faite, c’était de nous tendre son sac à main ! Et moi, je me disais : « C’est dingue : sept jours dans une prison de pierre, dans le noir, mais moi, mon sac à main, ça aurait été le cadet de mes soucis ! ». Blog Le Monde, 25/01/10

Le psychisme de l’enfant a été débordé par des éléments qui n’ont pu être intégrés. L’événement traumatique risque ainsi de rester flottant dans le psychisme comme un corps étranger, et de constituer une sorte de « boîte noire » susceptible de s’ouvrir, parfaitement intacte, des années après. C’est ce qu’on appelle le risque de réactivation traumatique. Un traumatisme psychologique silencieux peut se réactiver des années plus tard, à l’occasion d’un événement qui semblera tout à fait anodin. Cinq, dix ou vingt ans plus tard, le traumatisme est susceptible de se réveiller intact, comme au lendemain du tremblement de terre.

Passé un certain temps après les événements, certains parents ne tarderont pas à s’apercevoir que l’enfant qui semble pourtant aller bien et qui n’évoque jamais les événements qu’il a traversés, donne pourtant à voir des manifestations cliniques qui peuvent sembler sans rapport avec le séisme : plaintes et atteintes somatiques, énurésie, évitement de certaines situations, cauchemars et terreurs nocturnes, reviviscences, problèmes cognitifs et affectifs, dépression, agitation etc. En réalité, le film des événements tourne en boucle dans sa tête, sans que l’enfant en soit toujours conscient, et il cherche à donner du sens à ce qui s’est passé.

Les conditions de la récupération

Nous savons combien la capacité à dépasser un état post-traumatique est pour grande partie liée à la question du sens à donner aux événements, en particulier de construire un récit organisateur. Pour cela, l’inscription dans un groupe culturel, un collectif social est fondamental pour pouvoir se reconstruire (ce que montrent de nombreux travaux de psychologie dont le récent travail de Marion Feldman sur le devenir des enfants juifs ayant été cachés en France pendant la guerre). La culture fournit une véritable « matrice de sens » pour les événements de la vie des individus, des plus quotidiens aux plus exceptionnels. Eloignés de leur pays, les enfants haïtiens perdront la dimension collective de leur vécu et la fonction contenante de leur groupe culturel. Isolés, ils ne partageront plus le même destin social que leurs pairs et seront donc coupés d’une partie de leurs capacités de récupération. Ils auront sans conteste, besoin de soins psychologiques. Inscrire les événements traumatiques dans une chaine de sens sera tout l’enjeu du traitement psychothérapeutique, démarche absolument nécessaire à entreprendre rapidement, quel que soit l’état psychologique manifeste des enfants arrivant d’Haïti. C’est dans la mise en œuvre de cette démarche thérapeutique que réside la seule urgence qui concerne directement les personnes qui vivent en France et accueillent des enfants haïtiens ayant vécu les tremblements de terre de ce début d’année.


[1] Psychologue clinicienne / Psychologie géopolitique, psychothérapeute


Publié sur OSI Bouaké le vendredi 29 janvier 2010

 

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Traumatisme et adoption, un regard clinique
30 janvier 2010, par Quebec   [retour au début des forums]

Bonjour,

Je ne suis loin d’être un spécialiste en la matière, mais par contre j’ai l’expérience de trois adoptions, et en particulier celles de deux enfants adoptées à 5 et 7 ans 1/2. Les deux ont vécu des traumatismes liés à la violence, la grande fût même vendue par sa mère biologique dans un bordel où elle est restée 1 an avant de s’enfuir et se "réfugier" dans un orphelinat. La plus petite est quand à elle arrivée à l’orphelinat à l’âge de 10 jours, jusqu’à ce que l’on vienne l’adopter. Aucune des deux n’a montré des signes de mal-être, au contraire, comme elles disent : "nous avons une vie avant, et une vie après" La grande précise même : "depuis que vous êtes venus me chercher, c’est comme une nouvelle naissance". A l’heure actuelle, à 13 ans et 9 ans, aucune des deux ne veut retourner dans leur pays d’origine, ; on verra plus tard quand nous serons grandes". Alors il est clair que les traumatismes peuvent apparaitrent chez certains enfants, mais ce n’est pas systématique. Je connais plusieurs dizaines d’enfants adoptés, et aucun d’entre-eux n’ont présenté de tels traumatismes ; Ou alors les enfants d’asie sont des "cas" à part, ce dont je doute. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est qu’il ne faut pas rajouter d’autres traumatismes, en laissant ces enfants sur place, où ils cotoient une misère encore plus grande, la proximité des cadavres, le cahot, sans parler des risques de maladies, d’infections. TOUS les enfants qui sont en procédure d’adoption, dont les parents bios ont signé devant la justice l’acte d’abandon, qui ont des familles d’adoption reconnues, qui dans la grande majorité ont rencontré les enfants, DOIVENT partir en France dans les foyers où ils ont attendus, où ils seront aimés, choyés, parfois au milieu d’autres enfants, tout ceci bénéfique pour qu’ils commencent à se reconstruire. Si toutefois certains nécessitent des soins Psy, ce n’est certes pas en Haiti qu’ils pourront en bénéficier, mais en France. La France DOIT rapatrier ces enfants, comme l’on fait les Américains, les Hollandais, les Allemands, les Belges, les Luxembourgeois, les Canadiens. SEULE la France ne fait ce qu’il faut pour venir en aide à ces gosses et aux parents qui les attendent. C’est INSUPORTABLE, et effectivement ajoute au traumatisme des enfants celui des parents. Quand aux couleurs de peaux, j’imagine un monde dans l’avenir où le brassage des "races" fera qu’il n’y aura plus que des métis, ce qui ne serait pas un mal !!! Cordialement.

Traumatisme et adoption, un regard clinique

Un enfant qu’il soit en zone détruite par une catastrophe naturelle ou dans une zone de guerre est forcément en danger…..Ces petits haïtiens doivent être rapatriés tout comme auraient dû être les 103 enfants de l’Arche de Zoé dont tout le monde se fout de savoir si ils sont heureux en zone sécurisée auprès de leurs pseudo-parents ou même si ils sont encore vivants…..Le monde ne se voit pas par le petit trou qu’on a bien voulu nous montrer….

L’UNICEF avait promis un suivi des 103 enfants réunis par l’Arche de Zoé, elle devait s’assurer de leur santé et de leur scolarité. Aujourd’hui, aucune nouvelle d’aucun enfant…Toute demande d’information reste lettre morte. Etonnant de la part d’une association si sûre d’elle et certaine du fait que ces enfants pouvaient retourner vivre ou (survivre) dans la zone frontalière Tchad /Soudan ? Pourquoi ce silence ? Où sont les enfants ? Qui s’en inquiète aujourd’hui alors que ceux-là même qui leur prêtaient des familles, concédaient qu’ils avaient besoin d’assistance ? Il faut aller au delà des évidences véhiculées par les médias et qui arrangent en premier lieu les Etats et les organisations soumises aux exigences de ces Etats. Effectivement, il ne faut pas tout confondre. Les enfants haitiens concernés par une adoption doivent être rapatriés en France, ce qui ne serait qu’une accélération des procédures en cours. Question de bon sens et mesure d’urgence. Les enfants pris en charge, soignés et nourris par l’Arche de Zoé pendant deux mois n’étaient pas concernés par une procédure d’adoption. Ils étaient réfugiés d’une zone de guerre, orphelins et originaires du Darfour dans leur quasi totalité. Ils devaient venir en France pour se reconstruire et vivre en sécurité. Les puissants en ont décidé autrement.

…. j’ajouterai que pour les 103 enfants de l’Arche de Zoé aucune partie civile n’avaient pu être identifiée dans cette mascarade de procès et que ceux qui se prétendaient “parent” d’un de ces enfants n’ont pu le prouver et enfin le tribunal à Djaména avait systématiquement refusé des tests ADN mis à disposition gratuitement…..La vérité est ailleurs à ne pas en douter il suffit d’être un peu intelligent pour comprendre que finalement ces 103 enfants de cette affaire politico-diplomatique ou ces pauvres petits Haïtiens sans famille ne sont pas si importants par rapport à d’autres enjeux qu’ils soient économiques, politiques, diplomatiques ou autres malheureusement....Ne faisons pas de même avec ces petits Haïtiens, pendant que nous nous posons des questions à savoir si ils ont des parents ou pas, ils errent dans les rues affamés et combien de temps tiendront ils ?????? Avons nous bonne conscience bons penseurs que nous sommes ?

Traumatisme et adoption, un regard clinique

@Sandrine Dekens.

Pour tenter de comprendre le post d’ orange "Il ont bon dos l’arche de zoé !!!", faire un tour dans les commentaires suite à l’article "Adoption en Haïti : le coeur et la raison" écrit par Jean-Vital de Monléon.

Agoravox

Traumatisme et adoption, un regard clinique

Le syndrome post-traumatique guette les humanitaires de retour d’Haïti, écrit Éric SAMSON dans La Croix.

Et quid de "la blessure psychique" des enfants adoptés, rapatriés dans les pays d’accueil ?

Traumatisme et adoption, un regard clinique

Commentaire reçu dans la boite email hier :

L’article de La Croix (ci-dessous) fournit peut-être une raison de plus pour défendre l’idée que les enfants adoptés ont au moins besoin des mêmes dispositifs.

« Le syndrome post-traumatique guette les humanitaires de retour d’Haïti » La Croix

La Croix note en effet dans un reportage : « Sur l’aéroport de Saint-Domingue, Tatiana Moreno n’est pas tranquille. Responsable des volontaires du secrétariat d’État de gestion des risques naturels, en Équateur, elle s’inquiète pour la santé mentale des sauveteurs sur le point de revenir au pays après 10 jours éprouvants dans les ruines de Port-au-Prince ». Le journal explique que « de retour de mission, les conséquences d’un choc traumatique peuvent provoquer des troubles du comportement, dépression, insomnies, abus d’alcool ou de médicaments, consommation de drogue, ainsi que « des problèmes de santé allant jusqu’au suicide » », selon le médecin équatorien Alex Camacho. La Croix observe que les autorités équatoriennes « sont aux petits soins pour les sauveteurs qui attendent d’embarquer ». Le journal relève ainsi : « Alors que, sur le terrain, la quantité de travail est telle que les traumatismes restent souvent enfouis, les choses changent au retour, d’autant que les expériences sont difficiles à décrire et à partager ». « Loin des caméras, pendant les prochaines semaines, les psychologues vont donc inciter les membres de l’équipe à trouver les mots pour exprimer l’horreur », indique le quotidien.

Traumatisme et adoption, un regard clinique

Extrait de "Haïti - Adoptions, Terre des hommes (Tdh) veut rendre conscient des risques de trafics d’enfants" Posté le : 21/01/2010.

...

Une question reste, cependant : « comment ces enfants vont pouvoir « digérer » le traumatisme du tremblement de terre auquel suit le traumatisme du déplacement, sans préparation, dans un univers complètement inconnu ? » demande Marlène Hofstetter, responsable du secteur adoption de Tdh, présidente de la Conférence suisse des organismes intermédiaires en adoption et chargée de plusieurs mandats en Haïti pour l’Unicef. D’un point de vue de bien-être psychosocial, il est en effet dangereux de retirer un enfant de son environnement – si pauvre soit-il – et de le transférer dans un environnement totalement étranger. Un enfant doit pouvoir travailler sur ses blessures afin de les soigner au mieux. C’est autour de sa famille et dans son environnement habituel qu’il y parviendra. Malheureusement, depuis des années, Haïti souffre d’un grand dysfonctionnement dans les adoptions, dénoncé par des organisations internationales et par les autorités haïtiennes elles-mêmes. Avant le tremblement de terre du 12 janvier 2010, 90% des enfants placés en institution n’étaient pas orphelins. Les familles sont tellement pauvres qu’elles acceptent les propositions de rabatteurs qui leur promettent de l’argent pour donner leur enfant en adoption, promettant qu’il va revenir pour s’occuper d’eux, étant adulte. Seulement, lorsque l’enfant est parti, le contact avec sa famille biologique est totalement rompu. Le trafic d’enfants est courant dans ce pays et risque de s’accentuer suite au tremblement de terre.

Dans un tel état d’urgence, il est acceptable que les procédures d’adoptions ouvertes avant la catastrophe soient accélérées, à condition qu’elles soient entreprises avec l’accord des autorités du pays. Mais il est inconcevable d’accepter l’évacuation d’enfants sans vérifier s’ils ont réellement besoin d’être adoptés et sans efforts pour s’assurer que leur famille a bien disparu.

Source : Fondation Terre des hommes.

Traumatisme et adoption, un regard clinique
Traumatisme et adoption, un regard clinique

Et si l’adoption des orphelins d’Haïti en France allait trop vite ? A la demande de psychiatres, le gouvernement va installer un « sas » en Guadeloupe.

... Cette halte qui sera fortement conseillée mais pas obligatoire (?) durera entre huit et quinze jours durant lesquels le gouvernement français offrira aux enfants un suivi médical, psychologique, pédagogique mais aussi juridique afin de vérifier que tout se passe dans une parfaite légalité. « Ce dispositif ne concerne que les familles qui ont obtenu tous les feux verts pour faire venir leur enfant en France », précise le cabinet de la ministre. Hors de question d’accélérer des dossiers en cours de procédure. Au contraire, l’idée de ce passage en Guadeloupe est d’éviter de faire subir un changement trop brutal aux enfants. Tous les vols commerciaux d’Haïti pour la France qui devraient reprendre d’ici à quelques jours faisant un arrêt obligatoire à Pointe-à-Pitre, c’est cette ville qui a été choisie pour mettre en place ce sas de transit médico-social vers la métropole. Les enfants seront pris en charge dans un centre de vacances situé à 15 min de l’aéroport et du CHU. Il sera équipé pour accueillir une quarantaine de petits mais aussi les familles françaises adoptantes.

Le Parisien | 15.02.2010

Traumatisme et adoption, un regard clinique
16 février 2010, par  free.fr">Sand   [retour au début des forums]

Cela parait plus que raisonnable et il est temps d’y penser... Quant à la formule "fortement conseillé mais pas obligatoire", cela interroge à nouveau. Il semble incroyable que le dispositif officiel de l’adoption internationale, ne se donne pas tous les moyens de réduire les risques psychologiques dans le cadre d’adoptions parfaitement légales et encadrées par les Etats. La responsabilité des parents est engagée, mais celle des Etats également. Ils n’assument pas jusqu’au bout leur responsabilité. Voilà donc le genre d’adoptions que le système de l’AI autorise... Alors après, que peuvent faire les professionnels à part ramasser les pots cassés ?!

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L’association Pétales France communique :

"Sauvons les enfants de Haïti… mais l’adoption n’est pas nécessairement la solution !"

... ..., au-delà de l’émotion suscitée par une telle catastrophe, nous approuvons la prudence car, non, sauver un enfant ne passe pas forcément par l’adoption. Forte de son expérience auprès de nombreuses familles, PETALES France peut témoigner que le fait de quitter son pays de naissance peut être vécu comme un traumatisme par un enfant.

... ...

La suite sur le site Enfance & Familles d’Adoption

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Haïti : des voix mettent en garde contre les adoptions en urgence

PARIS - Des pédopsychiatres et des associations impliqués dans le processus d’adoption mettent à nouveau en garde contre "les déplacements en urgence" des orphelins haïtiens et le risque de traumatisme potentiel que cela engendre pour eux et leurs familles adoptantes.

Cette mise en garde intervient à deux jours du déplacement à Haïti mercredi du président Nicolas Sarkozy, qui doit faire le point sur les efforts engagés pour la reconstruction du pays, après le séisme du 12 janvier qui a fait 217.000 morts.

A ce jour, 371 enfants haïtiens dont les parents ont obtenu un jugement d’adoption sont arrivés en France depuis le séisme, selon le ministère des Affaires étrangères.

Alors que certaines associations demandent la mise en place rapide d’une commission franco-haïtienne pour faciliter ou accélérer les procédures, trois médecins spécialistes ont écrit à l’ambassadeur français des droits de l’Homme François Zimeray pour souligner au contraire que les adoptions d’urgence "ont des effets traumatiques sur les enfants et sur les familles".

"Elles compromettent le processus adoptif, mais aussi l’avenir psychologique des enfants, et au pire, peuvent conduire à une maltraitance physique et psychique de l’enfant", écrivent Pierre Lévy-Soussan, psychiatre, psychanalyste, Sophie Marinopoulos, psychologue, psychanalyste et Maurice Berger, chef de service associé en pédopsychiatrie dans une lettre dont l’AFP a obtenu copie.

"Du côté des 326 enfants (haïtiens) arrivés à ce jour, une désorganisation psychologique chez plus de 85% a été observée par les cellules d’urgence médico-psychiatriques", écrivent-ils dans leur lettre datée du 6 février.

"La chronologie des troubles, qui n’existaient pas avant le départ d’Haïti, permet d’évoquer une cause traumatique aigue, précoce, liée au déplacement dans l’urgence des enfants, sans aucune préparation psychique", ajoutent les signataires.

"Ces états traumatiques ne sont pas liés directement aux conséquences du séisme ni aux conditions de vie après. De tels états ne sont presque jamais observés avec une telle intensité ou sur un aussi grand nombre d’enfants dans les suites d’une catastrophe naturelle", concluent-ils.

"Il aurait fallu ralentir à l’extrême les procédures d’adoption au lieu de les accélérer" , a précisé lundi à l’AFP le docteur Lévy-Soussan, qui a assisté la semaine dernière à l’arrivée d’un nouveau groupe d’orphelins haïtiens à l’aéroport d’Orly et qui rappelle que seuls 15% des parents adoptifs avaient vu leur enfant auparavant.

Un autre pédopsychiatre, Bernard Golse, tout en se réjouissant "que ces adoptions aient pu être menées à bien", a mis lui aussi en garde le 10 février dans Libération.

"Quitter Haïti en catastrophe pour être accueilli par sa future famille d’adoption à l’autre bout du monde pose encore davantage de problèmes et ce même en cas de +dossiers finalisés+", a-t-il écrit.

Enfin la section française de Défense des enfants international (Dei), qui avait déjà appelé le 19 janvier "tous les acteurs à ne pas se laisser guider par la seule émotion", demande de nouveau "une très très grande vigilance", notamment "vis-à-vis de la pression croissante des familles adoptantes", et rappelle le respect nécessaire des règles internationales.

(©AFP / 15 février 2010 18h06) Romandie.com

Traumatisme et adoption, un regard clinique

L’adoption n’est pas une action humanitaire d’urgence.

Sur le blog de Bernard BOETON, Chronique de l’Abrincate

Le texte rédigé par deux médecins français (Dr Pierre Lévy-Soussan & Mme Sophie Marinopoulos)ayant accompagné une convoi d’enfants adoptés en provenance d’Haïti et ayant transité par la Guadeloupe.

Traumatisme et adoption, un regard clinique

"Droit de réponse" de Sophie Marinopoulos sur le blog de Jean-Vital de Montléon, pédiatre et membre du Conseil Supérieur de l’Adoption en France

Sophie Marinopoulos est une psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle exerce à Nantes à la maternité du CHU et au centre médicopsychologique Henri Wallon. Elle participe à des travaux cliniques et de recherche sur la filiation et la famille au niveau national et international. Très engagée dans la reconnaissance de la santé psychique, comme faisant partie intégrante des questions de santé publique, elle est fondatrice de l’association pour la prévention et la promotion de la santé psychique et dirige son lieu d’accueil et d’écoute auprès des familles à Nantes.

En lisant les commentaires de ce blog, on constate que la plupart des intervenant(es)s se rangent surtout derrière le point de vue du pédiatre...