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Quand les orphelins du sida qui vivent en Afrique pèsent sur leur famille émigrée en France

Histoire de mon amie guinéenne/parisienne qui se retrouve à devoir prendre en charge 12 orphelins du sida


Chères amies référentes de OSI,

Quelques lignes pour donner un peu d’écho à une « banale » histoire d’orphelins et de sida   qui se passe à Conakry en Guinée.

Je viens d’avoir un coup de fil de ma grande amie Stéphanie, une guinéo-malienne qui vit en France depuis 15 ans. Je l’ai rencontrée quand j’étais à Sol En Si, elle était venue nous expliquer le rôle de la médiation culturelle dans la lutte contre le sida  . Stéphanie anime un groupe des femmes contre le sida   dans une association de santé communautaire, depuis de longues années. Nous nous sommes retrouvées par hasard au DESU d’ethnopsychiatrie en 2000, nous sommes parties ensemble au Maroc, puis en 2001, elle m’a emmenée au mariage de sa fille à Bamako avant de descendre en Côte d’Ivoire. C’était le début du partenariat de OSI avec le CSAS  . En 2003, lorsque j’ai rejoint l’équipe de santé communautaire, Stéphanie et moi sommes devenues collègues et avons partagé des moments forts d’un combat commun. J’ai une grande admiration pour cette femme volontaire, brillante et engagée pour sa communauté ; j’adore nos discussions... j’admire sa connaissance profonde des choses de l’Afrique, que sa nature de médiatrice a le don de m’expliquer.

Ce matin, Stéphanie m’appelle pour me donner de mauvaises nouvelles de la famille en Guinée. Depuis un an, 5 personnes de sa famille maternelle sont mortes du sida  . Ce sont des morts en cascade, dont un homme et ses deux épouses (le monsieur et une des épouses sont morts le mois dernier à 1 semaine d’intervalle). Une troisième épouse n’est pas encore dépistée et par chance, ne semble pas encore montrer de signes de maladie. La famille ne lui a rien dit, pour ne pas l’inquiéter et elle apprend la maladie en même temps que les décès. Aujourd’hui, on l’appelle de Guinée car c’est la panique dans la famille pour prendre en charge les orphelins.

Stéphanie est secouée par ces malades qui tombent « comme des mouches », laissant un cortège d’enfants. Elle dénombre au moins douze enfants devenus orphelins en si peu de temps, et qu’il va falloir prendre en charge... Quelle famille pourrait faire face ? Aujourd’hui, les enfants sont encore dans la famille, rassemblés pour les rituels de veuvage qui vont durer jusque début janvier, mais demain ? Où les placer ? Il va falloir trouver des solutions, et de l’argent aussi... Aucune chance de réussir à ne pas les séparer... Si l’hécatombe continue, comment la famille va-t-elle faire face à davantage de morts et leurs lots d’orphelins ?

Depuis toutes ces années en France, Stéphanie a réussi à faire construire une maison à Conakry, c’est la maison de son rêve de migrante... Une belle et grande maison... Elle pense à prendre le virage : transformer la maison en home d’enfants, investir ses quelques économies pour créer une association qui accueillera quelques orphelins du sida  , lâcher sa vie en France pour tenter de « montrer l’exemple », et tirer la sonnette d’alarme auprès des autorités guinéennes.

En attendant, nous venons de regarder ensemble l’état de la lutte contre le sida   et en particulier l’orphelinage : avec un taux de prévalence national de 1,5% (2,1% à Conakry), la Guinée est un pays à faible prévalence (en théorie). Le pays a obtenu un financement de 3,5 M de dollars au round 2 du Fonds Mondial et un accord de principe pour le round 6 (2007-2012) dans lequel les OEV   ont une part très congrue, quasi inexistante (1,712,800 $ sur 5 ans, attribués sur la ligne « Soutien psychosocial, nutritionnel et Activités génératrices de revenus, destinés aux personnes vivant avec le VIH  , orphelins et enfants vulnérables » d’un budget global de 20,419,474.00$ consacré essentiellement au renforcement du système de santé et accès aux ARV   et aux soins). En résumé, cela signifie qu’il n’y a quasiment rien à attendre à l’échelle nationale pour prendre en charge ces enfants ni pour soutenir une action locale de soutien aux orphelins telle un lieu d’accueil.

Le support aux orphelins de Guinée repose donc entièrement sur la société civile, sur les familles et sur les émigrés guinéens qui vivent dans les pays du Nord... Je sais que OSI, étant donnée son actuelle situation financière, ne pourra rien faire pour le moment, mais j’avais envie de partager avec vous cette expérience de vie. Je ne manquerais pas de vous tenir au courant au fur et à mesure de ce qui se passera et de ce que fera finalement Stéphanie la guinéenne parisienne.

En attendant l’argent, toutes autres formes de soutien, comme le partage d’expérience, expertise, conseils, idées créatives, stratégies d’action, de recherche de fonds, témoignages des émigrés africains menant des actions dans leurs pays d’origine etc. sont les bienvenues.

Sandrine


Publié sur OSI Bouaké le samedi 18 novembre 2006

 

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> Quand les orphelins du sida qui vivent en Afrique pèsent sur leur famille émigrée en France
21 novembre 2006, par didier   [retour au début des forums]

Qu’il est frustrant de ne pas pouvoir aider Stéphanie matériellement ! Cependant je voulais juste par ce petit mot, assurer Stéphanie de mon soutien. lui dire que si OSI.Bouake peut l’aider à élaborer son projet, nous le ferons...

J’espère vraiment qu’OSI aura bientôt les ressources necessaires pour l’accompagner dans son projet...

Sandrine, merci pour ce témoignage..., tiens nous informé des décisions de Stéphanie...

Didier

(Il faut garder espoir, il est souvent plus facile d’obtenir une aide matérielle pour monter et démarrer une structure que pour la faire fonctionner...)