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Les métis culturels, nouveau paradigme identitaire contemporain

Conférence de Françoise Sironi au congrès "Filiations, Affiliations, Adoption".


Mots-Clés / Psy / Sironi

OSI Bouaké, le 16 août 2012 - Nous publions le texte de la conférence de Françoise Sironi [1] au 13ème congrès de la revue L’Autre, qui s’est déroulé à Genève les 2 et 3 décembre 2011, sur le thème "Filiations, Affiliations, Adoption".


INTRODUCTION

La question à laquelle je vais tenter de répondre est la suivante : que m’ont appris les sujets métis (culturels ou autres) que j’ai vu au cours de vingt ans de pratique psychothérapique ? La démarche méthodologique qui me servira de fil conducteur est de type praxéologique, c’est-à-dire que la construction théorico-clinique que je vais développer est entièrement basée sur ma pratique clinique et thérapeutique ; une pratique également contextualisée, d’un point de vue historique et géopolitique. Il n’est pas possible, ici, d’illustrer mes propos par des exemples cliniques. Ceux-ci figurent dans mon dernier ouvrage intitulé Psychologie(s) des Transsexuels et des Transgenres, publié aux éditions Odile Jacob en avril 2011. La question des sujets aux identités métissées (d’un point de vue culturel, social, politique, spirituel, de genre…) comme nouveau paradigme identitaire contemporain y est traitée dans le dernier chapitre de l’ouvrage. Une étude comparative y est menée entre la construction identitaire des initiés au candomblé au Brésil, les sujets transidentitaires (transsexuels et transgenres) et les êtres métis, culturels ou autre. Tous les trois représentent un paradigme de construction des nouvelles identités contemporaines. Nous traiterons ici, uniquement des identités métisses.

1. CONTEXTUALISATION GEOPOLITIQUE ET HISTORIQUE DE L’EMERGENCE DES METIS CULTURELS

A l’aube du troisième millénaire, en l’an 2000 donc, voici ce qu’écrivait le musicien Yehudi Menuhin, dans son ouvrage Le violon de la Paix [2] : Le monde est à un dangereux carrefour. Pour la première fois, il nous faut construire deux voies qui doivent coexister en permanence : celle qui conduit à une unité toujours plus large, plus étendue, vers la communauté des nations, vers le global donc ; et l’autre voie qui est celle de l’être humain inscrit dans sa culture, ses affiliations, ses loyautés, ses besoins singuliers, ses peurs et ses espoirs spécifiques.

Tel est le paradigme géopolitique qui imprègne à la fois le sujet singulier et le collectif, à l’heure de la mondialité. La mondialité telle que l’a défini Pierre Conesa [3] , c’est un état de fait, assurément non réductible à la mondialisation économique, à celle des marchés ou du capitalisme planétaire déshumanisant. La mondialité serait plutôt cet anticapitalisme émergent, de type rhizomique (ancré sur des réseaux intentionnellement peu visibles), un anti-capitalisme d’où émerge un nouveau type d’humanisme contemporain.

Un monde nouveau est incontestablement en train de se construire. Et de ce fait même, de nouvelles problématiques cliniques émergent également, telles que les nouvelles parentalités, les adoptions internationales, l’homoparentalité, les métissages, les transidentités (transsexuelles et transgenres), pour ne citer que quelques exemples. Elle ont toutes un point commun : de ne pas avoir de modèle pré-existant, et de constituer, pour les sujets concernés, autant de constructions identitaires inédites.

Quel beau défi ! Ceci nous amène, en tant que cliniciens et thérapeutes, à adapter ou à réaménager nos pratiques cliniques à l’aune de ces nouvelles problématiques identitaires. Celles-ci s’appréhendent désormais dans une perspective complémentariste [4] : à la fois géopolitique et psychologique. Toutes les approches cliniques contemporaines intègrent désormais, peu ou prou, et à leur manière, les paramètres culturels et géopolitiques, ainsi que les traces à long terme que les violences collectives laissent sur l’histoire singulière des humains et des peuples.

1.1. Argument

Les facteurs géopolitique et historique façonnent les identités collectives et singulières. Nous le voyons chaque jour dans notre pratique thérapeutique : pour peu que l’on s’intéresse à l’articulation entre l’histoire collective et l’histoire singulière chez nos patients, émerge un matériel clinique nouveau, riche et passionnant [5] . Tel est le cas avec les sujets métis, culturels ou autre.

Mais la construction identitaire des êtres métissés ne va pas de soi. Le métissage peut constituer une chance, une richesse (du fait de l’aptitude aux créations, aux innovations inhérentes à la figure du métis) tout comme il peut générer de graves problématiques identitaires. Dans ce cas, le traitement psychothérapique consiste à accompagner les vicissitudes d’une longue métamorphose humaine.

1.2. Les différents types de métissage

Dans mon propos, je traiterai de manière non différenciée des différents types de métissage suivants :

  • Par naissance, c’est-à-dire être nés de parents issus de groupes d’affiliation différents et dont les enfants seront porteurs de multiplicité, hébergeant en eux des mondes hétérogènes, de manière simultanée.
  • Par acculturation géopolitique : c’est-à-dire un même sujet vivant une rencontre entre deux mondes hétérogènes, par migration intra-culturelle ou inter-culturelle.
  • Par changement ou mutation sociale, spirituelle ou intellectuelle : dans ce cas de figure, les sujets concernés ont changé de classe sociale, de religion (conversion religieuse, affiliations sectaires,…). Ils deviennent alors porteurs de multiplicité en eux, hébergeant des mondes hétérogènes consécutifs, tel Dyonisos, dieu du vin, de l’ivresse et de la métamorphose. En effet, Dyonisos est né deux fois. Il a changé de matrice : il commence sa gestation dans le ventre maternel, et la termine dans la cuisse de son père, Jupiter.

Si je m’autorise à rapprocher ces différents types de métissage, c’est parce que dans mon expérience clinique, j’ai constaté une similitude entre tous, eu égard à la symptomatologie et au processus thérapeutique.

1.3. Histoire récente des métis identitaires

Avant de passer à l’étude clinique proprement dite, il me parait utile de retracer, brièvement, les grandes étapes récentes de l’histoire clinique des métissages :

  • Aux époques des cloisonnements très étanches des classes sociales (aristocratie, bourgeoisie, commerçants, artisans, paysannerie, classe ouvrière) et des religions (catholique, protestante,…), il y a toujours eu des transgresseurs, des passeurs de mondes pour unir des interdits sociaux-culturels. Cela peut produire des révolutions. Celle de 1789 est en une illustration [6].
  • Deuxième temps de l’histoire récente des métissages : celui des colonies et de l’esclavage. Cette époque a engendrée une autre forme de métis culturels, qui étaient le reflet des conséquences de l’histoire collective (celle de la volonté de domination culturelle et économique de l’Europe sur d’autres peuples) sur l’histoire singulière des sujets concernés. Cela a produit, chez les métis culturels de cette époque, soit une acculturation totale et antagoniste, par identification aliénante à la figure du maître, soit à l’inverse, une forte résistance culturelle, ancrée sur les identités minoritaires. Cela donnera, des décennies plus tard, l’invention du reggae, et la figure culte de Bob Marley en Jamaïque, par exemple.
  • Autre temps de l’histoire collective du métissage culturel : les mouvements de libération et les guerres d’indépendance. Nous sommes alors dans les années 1960, et au-delà, jusqu’aux années 80. La figure identificatoire très répandue chez les métis culturels est celle de l’affiliation aux identités opprimées, minoritaires, sans exclure pour autant les acculturations aux identités dominantes.
  • Et qu’en est-il aujourd’hui, à l’heure du post-colonialisme et de la mondialité ? Le binarisme, qui fut un mode de structuration politique et psychique dominant jusqu’alors, est devenu obsolète, inopérant. La logique des deux blocs (Est/Ouest), tout comme les totalitarismes sont morts avec la chute du communisme et des dictatures fascistes. De même que la bipartition politique gauche/droite s’essouffle dans tous les pays où elle a été longtemps fonctionnelle. Même si les discours simplificateurs et réductionnistes (binarisants) sur le repli identitaire ou religieux, et sur l’exclusion des altérités sont menaçants, ils ne peuvent empêcher un mouvement beaucoup plus profond, global, et qui communique via les nouveaux réseaux sociaux de type rhizomiques, éphémères, transversaux et planétaires (internet en est un support). Car aujourd’hui émergent des sujets incarnant de nouveaux paradigmes identitaires, des sujets qui ne veulent plus d’un monde finissant, violemment capitaliste. Ils ne se reconnaissent plus dans ce monde, et sont de plus en plus nombreux à se réclamer de la non-violence et de mouvements alternatifs. La révolution profonde se fait aujourd’hui dans l’ailleurs, dans l’altermondialisme, dans un monde parallèle qui émerge. Ses représentants, ce sont ces « néo-identaires » contemporains. Tout ce processus psychopolitique actuel est visible à la fois au niveau singulier et collectif. Il est visible aux yeux de ceux qui veulent bien les voir, et qui ne cherchent pas à les conformer à des modèles de pensée pré-existants.

Par nature, les lieux de pratiques cliniques et sociales constituent un observatoire privilégié de ces nouvelles identités émergentes, dont les métis, culturels ou autre, en sont un exemple paradigmatique.

2. CLINIQUE DU METISSAGE IDENTITAIRE

Le vécu de la double appartenance culturelle déborde très largement la structuration identitaire que peut offrir la configuration oedipienne, chez les enfants métis. L’enfant métis culturel perçoit très vite et très tôt qu’il y a de l’étrangeté, de l’hétérogène autour de lui, à savoir entre deux types de familles, deux mondes socio-culturels ou religieux étrangement distincts. Ils perçoivent, sans pouvoir se l’expliquer ou la nommer, cette profonde et irréductible différence de mondes.

Cette expérience d’hypersensibilité à l’hétérogénéité entre deux mondes et à l’étrangeté, se retrouve aussi dans les vécus d’acculturation chez les sujets qui changent de monde social ou géopolitique, par choix ou par contrainte.

2.1. Parcours de construction identitaire des métis, culturel ou autre.

Leur construction identitaire est un processus long. Il passe généralement par trois phases :

  • Ce que font tous les sujets métis, c’est d’abord de s’identifier à un des deux pôles culturels parental (ou migratoire), au détriment de l’autre. Ils s’identifient à l’appartenance culturelle la plus valorisante, pour eux. Cela les expose immédiatement au clivage ; clivage d’une partie de soi et clivage du réel. Cela aura pour conséquence que les parties de soi qui ne sont pas acceptées seront projetées sur un autre, en l’occurence le parent porteur de l’identité minoritaire ou peu valorisée socialement, chez les métis culturels par exemple. Discrets, et en partie refoulés, ces processus devront nécessairement être ramenés à la conscience au cours de la psychothérapie.
  • Puis, dans un second temps, les choses s’inversent, à la faveur de l’autre appartenance culturelle, celle qui était, auparavant, la moins valorisée à leur yeux. Cette affiliation est, elle aussi, vécue sur un mode exclusif de l’autre.
  • Enfin, dans un troisième temps, et dans le meilleur des cas, il y a accès à une unicité dans la multiplicité, c’est-à-dire une multiplicité rassemblée. Les différentes parties de soi ne sont plus étanches, il y a de la fluidité entre elles.

Dès lors, cela ouvre l’accès à une nouvelle configuration identitaire, singulière, à nulle autre pareille, une nouvelle manière d’être au monde. Les sujets métis n’en sont pas forcément conscients, tant qu’ils sont encore empêtrés dans leur gangue. Dans le meilleur des cas, le désir de norme est alors dépassé, tout comme son contraire, la revendication narcissique de l’originalité. La problématique identitaire s’apaise avec l’accès à ce sentiment d’unité dans la multiplicité. Ils deviennent alors de vrais sujets cosmopolites, ce qu’ils ont toujours été, quant au fond. Ils deviennent de vrais passeurs de mondes, là où ils sont : dans leur univers familial, professionnel, culturel, ….

Dans les deux premiers temps de leur parcours identitaire, les métis culturels sont généralement en quête d’affiliations fortes à des groupes aux valeurs très visibles et marquées : groupes sectaires, religieux, groupes sociaux ayant gardé leurs traditions. Dans ce cas, les sujets métissés chercheront à être adoubés à ces mondes choisis, qu’ils soient ouvriers, bourgeois ou aristocratiques, le cas échéant. Se révèle alors leur étonnante capacités alloplastiques. Ils s’adaptent très facilement, trop facilement même, signant ainsi une expérience provisoire de renoncement à avoir une identité propre, à eux, trop compliquée à construire. Ils adoptent, dans ce cas, tous les stigmates visibles du groupe d’appartenance qui est sujet de leur désir et de leur attirance. Ils se montrent agréables, avec un faux self et une identité de surface tout à fait palpables. Ceci peut parfois les exposer à une mise à l’écart, tant la vacuité identitaire est perceptible et dérangeante, sauf si elle fait l’objet d’une instrumentalisation pour le bénéfice d’un groupe, politique ou sectaire, par exemple.

On comprend alors pourquoi les métis culturels sont toujours à part dans tous les groupes. Ils s’en plaignent d’ailleurs avec constance, en séance, au cours du premier tiers de leur psychothérapie. Dans les groupes, ils occupent toujours la place la plus extime, c’est-à-dire celle qui est la plus dehors du dedans, en toute logique d’ailleurs, étant donné que ce sont des êtres de frontières, de limites.

Le métis, culturel ou autre, aspire à l’un, à l’unique, à l’unicité, à la simplification, car elle ne lui a jamais été donnée. Il n’a jamais connu cette expérience. Même dans l’archaïque de la fusion avec la mère, il y avait du double ou du multiple, au travers des langues plurielles très tôt présentes dans l’univers sensoriel du bébé. Elles vont imprimer, chez lui, la figure de la multiplicité. L’unicité, le monde unique, simplifié, cette terra incognita du métis culturel, devient une quête, longtemps illusoire. Il espère que s’il y accède, il sera soulagé de son ambivalence, de son encombrante multiplicité. L’accompagnement psychologique lui permettra au contraire, de l’accepter et de la dépasser.

Quand les métis, culturels et autre, accèdent à la multiplicité acceptée en eux, ils deviennent alors possiblement réfractaires aux affiliations et aux appartenances uniques, trop réductrices pour eux. Ils deviennent réfractaires aux assignations à résidence identitaires, qu’elles soient de genre (masculin/féminin), d’orientation sexuelle (hétérosexuel/homosexuel), ou de milieu social. Ils ont besoin d’explorer, toujours, au-delà des limites. Dans les groupes, ils ne peuvent jamais occuper une place centrale, sauf si c’est pour innover.

La multiplicité unifiée ou rassemblée, est la résultante de la sublimation, du dépassement de ce patchwork identitaire préalable où régnait la confusion, le flou, la non fixité des valeurs et des choix, que ce soit dans les études, dans la vie professionnelle ou amoureuse. Les choix, quels qu’ils soient, sont généralement difficiles, parfois impossibles à faire, pour des sujets métis. Le « et/et » se substitue bien volontiers et naturellement chez eux au « ou/ou » qui ne leur convient pas. Le métis, culturel ou autre, ne choisit pas. Il complexifie. Les catégories de genre et d’orientation sexuelle, comme je le disais, ne sont pas des catégories très stabilisées, chez eux. Ils peuvent les explorer, les traverser, donnant ainsi raison à Judith Butler lorsqu’elle affirme que le genre est performatif [7].

Les êtres métissés sont généralement très empathiques. En tant que passeurs de mondes, ils excellent dans la capacité à penser les pensées des autres, et dans celle à ressentir les émotions des autres, bien qu’ils ne réussissent pas toujours très bien à rester centrés sur leur propre centre de gravité. Ce sont des êtres multiples, par essence ou par expérience, qui s’accommodent de beaucoup d’univers culturels et sociaux très diversifiés. L’empathie leur permet d’étendre leurs affiliations à des groupes d’appartenance multiples et hétérogènes. Aux liens de famille, ils préfèrent les liens avec des groupes éloignés culturellement, ou avec des groupes à caractère international et universel. Les liens distaux, éloignés, leurs conviennent beaucoup mieux que les liens proximaux qui risquent de les étouffer. D’où, des angoisses fréquentes de types paranoïde.

La pensée des métis culturels est marquée par l’ambiguïté au sens où l’entend José Bleger [8]. Une chose et son contraire peuvent co-exister, chez eux. Les liens qu’ils tissent sont toujours souples. Ils préfèrent, autant que faire se peut, contracter des liens qui n’engagent pas trop, du fait que toute rigidité les dévitalisent. La nouveauté, le neuf les attire pour des raisons quasi « structurelles ».

Une fois dépassé, une fois sublimé cet état de patchwork identitaire décrit plus haut, ils deviennent des paradigmes d’expériences de passage, d’innovation et de création. C’est quand l’individu s’ouvre aux multiplicités qui le traversent de part en part, à l’issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, qu’il acquiert son véritable nom propre. Le nom propre est l’appréhension instantanée d’une multiplicité, écrivent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux [9].

Le métissage abouti à avoir un style, c’est-à-dire ce à quoi rien d’autre ne peut être assimilé. Mais hélas, bien souvent, dans nos cabinets de consultation, c’est la face blessée, souffrante, de ces constructions identitaires compliquées, mais combien intéressantes, que nous voyons.

Tant et si bien qu’elles ont fait dire à Amin Maalouf, fin observateur des identités et des sociétés métisses, la chose suivante : Ceux qui assument pleinement leur diversité seront des relais, des ciments entre les cultures. En revanche, les autres, ceux qui ne pourront pas assumer leur propre diversité, se retrouveront parmi les plus virulents des tueurs identitaires, s’acharnant sur ceux qui représentent cette part d’eux-mêmes qu’ils voudraient faire oublier [10]. C’est lorsque la multiplicité en soi fait l’objet de clivage et de projection qu’apparaît la violence. Elle constitue un trouble du comportement majeur lorsque le métissage fait l’effet d’une greffe qui n’a pas pris. Le suivi psychologique, la psychothérapie et les groupes de paroles de métis, culturels ou autre, ont de ce fait une incontestable dimension préventive de la violence, quand elle est l’expression d’un symptôme identitaire.

2.2. Symptômes et troubles psychiques spécifiques que l’on peut trouver, le cas échéant, chez les métis identitaires (culturels, sociaux, par acculturation géopolitique,…)

Les trois temps de l’on peut généralement observer dans les parcours de construction identitaire métissée ne sont cependant pas systématique. Il arrive qu’à la place de ces étapes s’installent des vécus de pseudo-dépersonnalisation, des flottements, des flous identitaires, et ceci très tôt dans l’existence des sujets concernés. Sauf accident psychopathologique, ces symptômes finiront par se structurer, de manière souple, dans une multiplicité intégrée, rejoignant ainsi le troisième temps du parcours identitaire métis précédemment décrit.

Mais revenons, pour l’heure, au premier modèle, celui composé de trois étapes. Dans les deux premiers temps du parcours identitaire des sujet métis (à savoir affiliation au groupe culturel le plus valorisé socialement, puis affiliation à l’autre), et tant que la construction d’une identité nouvelle et singulière n’est pas probante, ils expérimentent le flou, le doute, la confusion, l’absence de tout repère identitaire structurant. L’idée d’avoir une identité bien à eux les expose soit à la terreur, soit au vide identitaire, soit au délire, parfois.

Les vécus de la multiplicité en soi, non aboutie ou ratée, prennent le plus souvent soit la forme d’expériences limites, soit celle d’expériences de type psychotique. Mais il ne s’agit pas de psychose, malgré l’allure inquiétante des symptômes. Il s’agit de troubles de la construction identitaire, nécessitant un travail d’accompagnement de cette construction de soi, de cette longue métamorphose humaine.

Domine alors la honte, la haine de soi (par introjection de la haine de l’autre) et un vécu dépressif de type existentiel (c’est-à-dire non réactionnel). Ces symptômes seront masqués par un puissant camouflage identitaire que constitue la mise en place d’un faux-self et une suradaptation psychologique et sociale de surface, à toute épreuve. La mythomanie et le mensonge, fréquent chez eux, portent alors toujours sur leurs origines : familiale, culturelle, sociale,…. Ils concernent leur naissance et leur filiation. La mythomanie et le mensonge font fonction de « temps zéro » de leur existence, d’un nouveau départ, et d’un auto-engendrement. Cela signe leur difficulté à se vivre dans une continuité d’existence. Les vécus de dépersonnalisation et de déréliction, la confusion et les troubles schizoïdes sont relativement fréquents. Ils sont aggravés avec la prise de toxiques. Leur appétence pour les toxiques, les excès, et les expériences limites signent leurs fragiles ancrages et affiliations. En cela, s’exprime leur accointance avec leur « divinité tutélaire » : Dyonisos.

L’agressivité, les troubles du comportement parfois d’allure psychopathique, et les engagements au service de causes politiques uniquement motivées, quant au fond, par la réponse violente apportée à une situation d’injustice, sont la manifestation d’un fort clivage, et de l’absence d’intégration des différentes parties de soi vécues comme hétérogènes. La labilité de l’humeur les fait passer d’un Soi grandiose à une expérience de vide identitaire.

Leur pensée et leur expression, tant orale qu’écrite, peuvent être floues, confuses, diluées, avec de nombreuses circonvolutions,… Quand le métissage fait symptôme, les sujets sont en exploration permanente, d’où parfois, le caractère inabouti, inachevé, de leurs œuvres ou de ce qu’ils entreprennent. Et pour cause ! L’absence de délimitation, de clôture, fait qu’ils ne peuvent finir, aboutir. Ils sont en expansion permanente.

Les métissages des cadres culturels internes par changement de catégorie sociale peuvent donner lieu à une névrose de classe, tel que l’a très bien décrit Vincent de Gaulejac dans son ouvrage du même titre [11].

Enfin, dernière manifestation d’une identité métisse qui fait symptôme : la normose, ou névrose de la norme, décrite par le psychiatre Jacques Vigne [12]. Ceux qui ne peuvent faire autrement que de jouer la carte de la sécurité intérieure meurent… en toute sécurité, de maladie, ou par une mort symbolique portant sur le déni de la multiplicité en soi.

Ce qui ne peut se complémentariser va se conflictualiser. La tentation de la purification (psychique, ethnique, yogique …), que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, les habite en permanence. Cela représente une autre forme de refus, ou de non accès à la multiplicité, qu’elle soit en eux ou chez les autres.

Les sujets métis sont souvent attirés par toutes les promesses de faire d’eux ou de tous les hommes, des hommes nouveaux. Ils sont attirés par les idéologies politiques qui véhiculent cette promesse, notamment dans le premier temps de leur parcours identitaire. Cette attirance pour le neuf, l’homme nouveau peut les amener vers les mouvances new-age, vers des groupes thérapeutiques au sens large du terme, ou vers des mouvements alternatifs de type mondialiste.

La nécessité de création est une contrainte interne, plus qu’un choix. En tant que thérapeutes, nous devons l’encourager et la soutenir. Le talent importe peu. C’est l’acte de créer, de faire du neuf qui compte. Car s’il n’y a pas création, il y aura symptôme.

Ces symptômes témoignent de l’existence enfouie et parfois inconsciente (ce sera à explorer) de parties de soi que les êtres métissés ne savent pas faire co-exister avec d’autres parties de soi, car s’ils y arrivaient, ils seraient alors confrontés à l’insupportable témoignage de cette multiplicité en eux, qu’ils vivent tellement souvent sur un mode péjoratif (du moins au début de leur prise de conscience de l’impact de leur métissage sur leur parcours identitaire, et en l’absence de tout accompagnement psychologique portant spécifiquement sur cet aspect-là). Les symptômes sont le signe de l’existence de ces angles morts intérieurs que sont les parties clivées ou refoulées, qui ne peuvent pas être prises en compte, car il manque aux sujets en question un modus operandi pour penser et accepter la multiplicité en eux, qui ne soit ni morcelante, ni déstructurante.

Si leurs peurs, tout comme leurs symptômes semblent relever du registre psychotique et non névrotique, c’est du fait que nous avons affaire à une problématique identitaire qui plonge ses racines dans les strates les plus archaïques, à savoir : le renoncement à avoir une identité, comme défense contre l’implosion, du fait d’une multiplicité en soi non maîtrisée. Voilà ce dont il s’agit quand il est question de psychopathologie liée aux métissages identitaires.

Les métis culturels se vivent souvent comme des « ornithorhynques ». Ils ont l’impression d’être les seuls de leur espèce. Ils ne le formulent pas ainsi, certes, mais en exprimant ce qu’ils ressentent : un grand sentiment de solitude, de n’être pas comme tout le monde, d’être différents de tous. Cela occasionne une grande et secrète blessure narcissique, qui s’installe très tôt dans leur enfance. Ils ne s’en ouvrent pas à leurs parents pour ne pas les blesser, eux qui, de surcroît, ont très vite perçus qu’ils ne peuvent s’identifier ni à l’un, ni à l’autre de leurs parents. Ils sont différents des deux, et cette différence n’est pas de même nature que celle habituellement ressentie par d’autres jeunes, non métis, au même âge. Elle porte sur leur essence, sur leur nature. Les sujets métis identitaires développent alors un sentiment de honte, ou, sur le versant de la formation réactionnelle, un narcissisme exacerbé. Ce narcissisme exacerbé fait fonction de tentative de clôture chez des sujets qui se vivent comme effractés psychiquement, atomisés, sans encore trouver le remède qui pourra venir plus tard, soit par une affiliation forte à un groupe d’appartenance unique (de type politique, spirituel, associatif,…), soit par l’accès et l’acceptation de la multiplicité en eux.

3. LA PSYCHOTHERAPIE DES METIS IDENTITAIRES

L’accompagnement psychologique des sujets métis consiste généralement :

  • A leur permettre d’identifier la multiplicité en soi, les différentes parties de soi.
  • A rendre acceptable, pour eux, cette multiplicité en soi.
  • A advenir en tant que sujet singulier, par une complexité unifiante, ou réellement unifiée, dans le meilleur des cas.

Il s’agit de donner une visibilité entière et acceptable à l’ambivalence qui habite les être métis, et à la difficulté, pour eux, à négocier entre les objets des deux ou plusieurs mondes culturels internes. L’accompagnement psychologique consistera alors à apprendre à négocier, à tisser un métissage culturel interne, à tresser et développer le complémentarisme intra-psychique, et à construire, avec le sujet, l’accès à ce que veut dire la multiplicité en soi. Celle-ci n’est pas toujours consciente pour le sujet, et quand elle l’est, il arrive souvent qu’elle ne soit pas désirée, car elle est source d’embrouillement et de confusion identitaire.

Tant que le sujet métissé reste perplexe et confus, le cas échéant, c’est que le fonctionnement par le clivage et par l’ambivalence sont encore structurellement opérants. Il s’agit, pour nous, de défaire cette forme, par un travail thérapeutique sur les contenants de pensée, davantage que sur les contenus. Le clivage et l’ambivalence tiennent lieu de contenants de pensée. Les contenants de pensée sont de véritables organisateurs psychiques qui vont agir sur les contenus de pensée. La psychothérapie va également agir dans le sens d’une modification des types d’organisateurs de pensée. Au clivage, se substituera peu à peu la fluidité psychique entre les différents contenus de pensée et les différentes parties de soi. Pour ce faire, il est nécessaire, entre autres procédés, d’explorer les sensations internes, la sensorialité et les impressions. Ce sont eux, les précurseurs de pensée, dans la psychogénèse. Il faut revenir à ce temps précoce de l’encodage, au temps de la multiplicité de la fondation identitaire (plusieurs langues maternelles, mondes hétérogènes,…), notamment chez les métis culturels. Cette exploration est menée sur un mode phénoménologique. Il s’agit de les rendre conscientes, de les décrire, d’en construire une représentation mentale, de les faire exister pour permettre aux nouveaux contenants de pensée et aux nouveaux organisateurs psychiques (fluidité, multiplicité en soi) de se construire. Ce travail sur les décodeurs psychiques de la réalité de leur propre existence interne aura pour effet de faire fondre le clivage entre les différentes parties de soi.

Le travail de pensée, de co-construction de sens de leur parcours et de leurs devenirs (ce fameux « bouquet des possibles », image que je construis intentionnellement avec ce type de patients), est plus efficace qu’une tentative de réaffiliation à l’une où à l’autre de leurs appartenances. Quand je m’y suis risquée, cela se soldait par une fin de non recevoir polie, ou un « blanc technique », si je puis dire : les patients ne « prenaient pas », ils n’en faisaient rien.

Néanmoins, un travail d’exploration des appartenances (et non pas d’affiliation), peut se faire dans le troisième temps de leur parcours, quand ils sont dans l’acceptation de leur multiplicité. Pour ce faire, il m’est apparu qu’il s’avérait nécessaire d’opérer un travail de désidentification avec les identifications préalables, dans le cas de figure où celles-ci sont vécues comme un carcan identificatoire désanimé, producteur de faux-self adaptatif et de fausse structuration psychique. Il s’agit alors de « casser le moule des origines », de « déganguer », tout particulièrement lorsque les identités d’emprunt tenaient lieu d’exosquelette. Cela n’a bien sûr rien à voir avec les supports incarnés, des personnes dont il est question (père, mère, maîtres, figures identificatoires diverses). Ce qui est alors au travail, c’est la construction insolite de contenants de pensées, stables et sécurisants, pour mettre fin au processus d’adhésion à des identités factices, qui empêchent de se penser comme ayant une identité à soi, singulière, complexe.

Les patients deviennent des experts de leur monde, lorsque nous leur donnons la possibilité de se penser avec les catégories, et les théories qui leurs sont propres. Du fait qu’ils se vivent comme seuls de leur espèce, autant les aider à donner existence à ce monde qui est le leur. Cette co-construction identitaire, se fait toujours dans une relation de réciprocité thérapeute-patient. Ce qui circule, c’est de la pensée fécondante.

Le travail thérapeutique s’étale dans le temps et l’accompagnement psychologique des métis, culturels ou autre, n’est pas linéaire, mais cyclique. Des interruptions ou des espacements du suivi psychologique sont bénéfiques et consolidants pour le processus de maturation interne. Rupture et continuité, ces recommencements perpétuels ne conduisent pas à fragiliser la relation transférentielle, bien au contraire. Ce sont des opérateurs de construction identitaire qui vont asseoir la représentation du continu chez les êtres métis, dont le modèle de structuration interne est celui de la métamorphose.

Sur ce point comme sur bien d’autres, le suivi psychologique des sujets métis est identique à celui des sujets transidentitaires (transsexuels ou transgenres) [13]. Il présente également des analogies avec la psychothérapie des enfants adoptés à l’international, comme l’a très bien décrit la psychologue Sandrine Dekens, dans plusieurs de ses publications à ce sujet [14].

Voilà ce que j’appelle un travail d’accompagnement d’une métamorphose humaine.

4. EXISTE-T-IL UNE FONCTION SOCIALE OU POLITIQUE DES METIS CULTURELS ?

Assurément oui ! Les métis culturels sont des passeurs de mondes. Ce creuset identitaire est une proposition politique forte, à l’heure de la mondialité, même si elle n’est pas donnée à voir d’emblée. Elle est particulièrement repérable dans nos consultations, par les vicissitudes de la construction identitaire qu’elles peuvent engendrer. Nous y voyons alors tout ce que l’articulation entre l’histoire singulière et l’histoire collective du sujet tresse en chacun de nous. Le travail de la norme s’y repère également avec beaucoup de finesse.

Les expériences de traversée des catégories sont, aujourd’hui, paradigmatiques de nouvelles manières d’être au monde, paradigmatiques de certains nouvelles constructions identitaires, et donc de nouvelles manières d’être sujets.

Les métis culturels sont des précurseurs. quant au mode de fabrication identitaire qui les caractérise. La métamorphose, l’auto-engendrement, la multiplicité en soi et la fluidité psychique sont les quatre axes de structuration interne, souple, chez les sujets métis.

Leur devenir, en terme d’exercice professionnel est tout à fait caractéristique. Ils sont attirés et excellent dans la diplomatie, la traduction, les métiers liés à la connaissance humaine (traduction du dedans au dehors, de l’invisible au visible), et les nouveaux métiers : action humanitaire, métiers de l’environnement . Ils inventent même des métiers : biosophes ou philozoophes (branche de la philosophie qui pense la diversité), … Ils seront soignants, devins, prophètes, fondateurs, musiciens, créateurs, ou révolutionnaires…. Et ce pour le meilleur ou pour le pire ! Certains parmi eux sont des exemples parfaits d’acculturation antagoniste, de greffes qui n’ont pas pris, et qui eurent un exutoire sur la scène de la violence politique (Pol Pot, Ben Laden,…).

Les métis culturels qui assument leur multiplicité, et dont la multiplicité fait paradigme identitaire contemporain, sont un modèle alternatif, voire un véritable antidote, à l’hypertrophie des narcissismes collectifs contemporains.

CONCLUSION

Ce que dit l’essayiste politique Jeremy Rifkin à propos des jeunes du printemps arabe s’applique parfaitement aux métis, culturels et autre, dont il a été question dans ce texte. Le printemps arabe, ce sont des jeunes gens qui se revendiquent de Gandhi et Luther King, et préfèrent la transparence au secret, via Facebook, Twitter, Youtube, etc… Ce sont des gens davantage identifiés à leur page facebook qu’à leurs appartenances tribales ou religieuses. Il n’est pas question pour eux, d’exclure, mais d’inclure. Ils veulent faire partie d’une société mondiale. Ils veulent être connectés. Avoir accès au monde [15] .

Pour Jeremy Rifkin, un monde qui se mondialise est en train de créer un nouveau cosmopolitisme dont les identités et les affiliations multiples couvrent toute la planète. Les cosmopolites sont l’avant-garde, écrit Jeremy Rifkin, l’avant-garde d’une conscience biosphérique naissante [16] . Les frontières des états nations, les identités religieuses ou les liens de sang ne sont plus autant des marqueurs d’appartenance qu’auparavant. D’où la grande protestation, exprimée sur un mode politique (le vote FN en France ou d’extrême droite en Suisse), ou sur un mode privé, (le repli rigide sur des valeurs familiales et religieuses), de tous ceux qui sont effarouchés par ce monde à venir.

Ce texte ne fait pas l’éloge du métissage. Il est un engagement à mieux le comprendre. Je voulais simplement montrer ce que j’ai perçu : que de nouvelles constructions identitaires se multiplient à l’heure de la mondialité, et qu’elles co-existent à côté d’autres groupes culturels aux pourtours bien délimités, dans un monde pluriel.

C’est dans la construction de ce monde pluriel que les métis, culturels ou autre, ont un rôle à jouer, nous l’avons dit : celui de diplomates et de passeurs de mondes, qui sont plus à leur aise dans la multiplicité, la diversité (culturelle, politique, religieuse,…) que dans les mondes uniques.

Vignette illustrant cet article : Affiche Roman Cieslewicz (c)


[1] Psychologue, psychothérapeute, maître de conférences à l’Université Paris 8, expert près la cour pénale internationale de La Haye, expert près la cour d’appel de Paris

[2] Yehudi Menuhin, Le violon de la paix, Paris, 2000.

[3] Pierre Conesa, « Aux origines des attentats suicides », Le Monde diplomatique, juin 2004. Mais la paternité de ce mot revient à Edouard Glissant.

[4] A savoir : là où s’arrête les compétences d’un champ théorique ou clinique, commence les compétences d’un autre.

[5] Voir Françoise Sironi, Psychopathologie des violences collectives. Essai de Psychologie géopolitique clinique, Paris, Odile Jacob, 2007

[6] Voir Agnès Antoine, L’impensé de la démocratie. Tocqueville, la citoyenneté et la religion, Paris, Fayard, 2003.

[7] Judith Butler, Défaire le genre, Paris, Editions Amsterdam, 2006.

[8] José Bleger, Symbiose et ambiguïté, Paris, Puf, 1981.

[9] Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 51.

[10] Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Paris, Grasset, 1998, p. 46.

[11] Vincent de Gaulejac, La névrose de classe, Paris, Hommes et Groupes Editeurs, 1999.

[12] Jacques Vigne, Eléments de Psychologie spirituelle, Paris, Albin Michel, 1993.

[13] Voir Françoise Sironi, Psychologie(s) des Transsexuels et des Transgenres, Paris, Odile Jacob, 2011.

[14] Voir notamment Exposés et sauvés. Le destin singulier des enfants adoptés à l’étranger. Mémoire de Master 1 en Psychologie clinique et psychopathologie, Université Paris 8, 2006. Site : osibouake.org, et "Adoption internationale, solidarité humanitaire, fondation d’une famille : quand les enjeux de sauvetage augmentent les risques psychologiques", L’enfant, Revue Chantiers politiques, Paris, Ecole Nationale Supérieure, 2008. (disponible également sur le site cité précédemment).

[15] Interview de Jeremy Rifkin par Ludovic Lamant, intitulée « Jeremy Rifkin : Dans les tuyaux, une nouvelle révolution industrielle », 31 juillet 2011, www.mediapart.fr

[16] Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2011.


Publié sur OSI Bouaké le jeudi 16 août 2012

 

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Les métis culturels, nouveau paradigme identitaire contemporain
16 août 2012, par Sand   [retour au début des forums]

Pour retrouver qq auteurs de la bibliographie :

  • Rifkin sur OSI Bouaké ici.
  • Gauléjac sur OSI Bouaké ici.
  • Sironi sur OSI Bouaké, c’est ici.
Les métis culturels, nouveau paradigme identitaire contemporain
16 novembre 2012, par brandibas   [retour au début des forums]

Un article très intéressant et qui donne à réfléchir... Cependant, praticien à l’île de la Réunion depuis près de trente ans, j’ai constaté ce sentiment d’étrangeté à l’origine de certains symptômes ou troubles. La fluidité des affiliations vient à exister mais paraît consécutive à une affiliation principale à l’un où l’autre lignage. Les traditions réunionnaises, les rituels autour de la naissance où autour de la sorcellerie semblent indiquent tous qu’une affiliation principale est nécessaire. Les enfants d’une même famille peuvent être considérés par exemple comme relevant de la tradition tamoule alors que d’autres sont considérés comme relevant d’une tradition malgache, européenne ou encore comorienne. Chaque enfant, à partir de certains signes, est inscrit dans l’une ou l’autre tradition qu’il est censé transmettre à ses enfants futurs. C’est comme si le métissage engendrait un besoin de purification qui passerait par le rituel d’affiliation. Le rituel serait alors une forme d’expulsion du métissage.

Les métis culturels, nouveau paradigme identitaire contemporain
11 décembre 2012, par Sand   [retour au début des forums]

Merci Jacques Brandibas de cet apport qui témoigne de la fabrication culturelle des métis réunionnais. Pour complexifier encore un peu plus la question, chaque société a élaboré une pensée sur le métissage et divers traitements des métis, qui varie selon les époques... Etre métis aux Etats-Unis n’est pas être métis à la Réunion ... Quelle richesse !