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Le « juju » plus efficace que les coups


Les Africaines prostituées en Belgique sont souvent prisonnières d’un rituel vaudou qui les incite à ne pas se rebeller contre leur « mère maquerelle ». À terme, elles peuvent racheter leur liberté.

L’exploitation des prostituées africaines fonctionne selon ses propres codes. En Belgique, une majorité sont originaires du Nigeria et plus particulièrement de la région de « Benin City », où elles sont généralement déjà prostituées. Pour elles, pas de répartition « 50-50 » des gains comme chez les Bulgares, ni de retours réguliers au pays d’origine, mais l’espoir d’être un jour libre de tout proxénète. La plupart sont sous la coupe d’une « madame », elle-même ancienne prostituée, qui les a recrutées dans leur pays d’origine et leur propose le voyage vers l’Europe en échange de l’engagement à rembourser une dette au montant très variable, mais qui semble osciller entre 15000 et 50 000 e. L’accord est scellé par une sorte de rite vaudou, le « juju ». Un peu de sang, des rognures d’ongles, des cheveux ou poils pubiens sont prélevés sur la fille. Si la prostituée s’échappe ou ne rembourse pas sa dette, la croyance veut que ces prélèvements puissent être utilisés pour rendre une personne malade, folle, ou la faire mourir.

« Il est déjà arrivé que l’on retrouve de petits sachets avec ces prélèvements lors de perquisitions au domicile des auteurs de traite, indique Heidi De Pauw, directrice de Pag-Asa. Dans notre maison d’accueil, les victimes africaines ont toujours leur Bible avec elles. Si l’une d’elles tombe malade, elle quitte la maison d’accueil et retourne travailler pour payer ses dettes car elle a peur et pense que sa maladie est liée au vaudou ». Selon Wim Bontinck, chef de la cellule TEH de la Police fédérale, les professionnels de l’aide aux victimes ont généralement bien de la peine à obtenir des informations des prostituées africaines. « Ces filles sont presque en “possession” de leur maquerelle par le vaudou. Elles sont dans un tel état d’esprit qu’il n’est pas toujours nécessaire pour la victime de les menacer : les filles, mêmes exploitées par la “madame”, vont tout faire pour lui plaire, car c’est aussi elle qui organise tout pour la prostituée ».

À terme, la victime devient souvent une « madame » pour de nouvelles arrivantes et le cycle recommence. « Une nouvelle travaille environ deux ans non-stop pour rembourser sa dette, elle ne peut quasiment rien garder pour elle durant cette période, mais une fois qu’elle a terminé de rembourser, elle est libre, explique Isabelle Jaramillo, coordinatrice d’Espace-P [1]. À ce moment, soit elle reste dans la prostitution et travaille à son compte, soit elle retourne dans son pays d’origine et applique le même mécanisme pour faire travailler d’autres filles pour elle ».

Samuel Grumiau , 4 mars 2008


[1] Association d’aide aux prostituées


VOIR EN LIGNE : Amnesty International
Publié sur OSI Bouaké le jeudi 14 août 2008

 

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Le « juju » plus efficace que les coups

Difficile d’échapper à l’ethnocentrisme occidental, même à Amnesty.

J’avais déjà lu une mise en cause du "juju" dans une recherche sur les pratiques à risque chez les prostituées (Guillemaut F. (2005), Femmes migrantes, enjeux de l’épidémie à VIH   et travail du sexe : stratégies et empowerment, Lyon : Cabiria, Le Dragon Lune, 287p ; Poulin, Richard (coor.), Prostitution. La mondialisation incarnée, Points de vue du Sud, Alternatives sud, Centre Tricontinental. Editions Syllepse, 2005, volume 12. 239 pages), comme étant une de ces "protections imaginaires" contre le sida   (expression empruntée à Rommel Mendès-Leite, dans Chroniques socio-anthropologiques au temps du Sida   : Trois essais sur les (homo)sexualités masculines, de Rommel Mendès-Leite, Bruno Proth, Bruno-Marcel Proth, Pierre-Olivier de Busscher, L’Harmattan, 2000).

On sent bien dans ce type d’article que l’objet est la dénonciation de pratiques "archaïques", et de souligner la crédulité de ces pauvres prostituées nigériannes, qui apparaissent décidément bien naïves au lecteur occidental. Il me semblerait plus pertinent de s’inscrire dans une démarche davantage compréhensive en allant regarder les logiques à l’œuvre dans ces pratiques, décrire la fonction traditionnelle du rituel, et la manière dont il est transformé par la modernité.

Le « juju » plus efficace que les coups

c’est l’article parlant d’Evelyn qui parle de "Elle a dû laisser des bouts de ses ongles et de ses poils pubiens au prêtre vaudou qui a scellé l’accord avec la « madame » " qui m’a rappelé que cela faisait plusieurs fois que j’entendais parler de telles pratiques avec les prostituées "en partance" pour l’Europe... Je n’ai hélas trouvé aucun texte francophone, à part celui là, qui aborde le sujet...

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Comme c’est beau un blog : regarde, tu as récupéré deux références de livres parlant du juju dans mon comm précédent ! Mais je te refroidis directement : il y est simplement fait mention de cette pratique, car le but de ces ouvrages n’est pas de la documenter. Je me joins donc à toi pour demander à nos internautes des références anthropologiques supplémentaires.