Accueil >>  VIH/Sida >>  Informations médicales

La circoncision comme moyen de prévention de l’infection à VIH

La prévention entre le politiquement incorrect et le pragmatisme


Mots-Clés / Prévention

Un message sur le forum d’Emed (ci-dessous) nous permet de faire le point sur la circoncision comme arme supplémentaire de la prévention contre le sida  . Rappelons que les études scientifiques ont largement montré l’efficacité de la circoncision contre la contamination des hommes par le VIH  . Ces faits scientifiques, bien qu’établis, rencontrent des oppositions de toutes parts et dans des régions du monde très variées. Ainsi des groupes d’intérêts aussi divers que souvent opposés, se retrouvent rassemblés dans le camp s’opposant à la diffusion de cette information (pourtant) scientique, mais politiquement incorrecte à de nombreux égards. Féministes américaines (amalgamant circoncision et excision), scientifiques et acteurs de terrain de prévention (craignant que cette information fasse reculer le recours au préservatif), producteurs et diffuseurs de préservatifs, promoteurs/promotrices de la cause des femmes, etc. Les lignes de démarcations entre ces groupes se redistribuent à l’occasion de ce débat... qui de fait devient politique... et nous intéresse forcément.

Quant à nous, une fois de plus, nous en restons au pragmatisme habituel : peu importe le politiquement correct, tous les moyens de prévention sont bons à prendre. Encore mieux lorsqu’ils ne sont pas des biens marchands : ils ont ainsi une chance d’être démocratiques.

Bonne lecture !

**************************

Message sur Emed (18 novembre 2006) :

Nous voulons informer le public sur le rôle de la circoncision et passer à l’acte de ce dernier dans la lutte préventive contre la contamination de VIH  -SIDA   et autres MST.

La circoncision ne signifie pas que les hommes seront protégés des infections à VIH   et MST au cours de rapports sexuels non responsable, non, elle est confirmée être une intervention efficace pour réduire le risque de contracter les VIH  -SIDA   et autres MST. La protection de la circoncision tient compte à la nature de la face interne du prépuce : une muqueuse fragile et permeable constituée de nombreuses cellules dentritiques, des cellules immunitaires très sensibles au VIH   en l’occurrence, sachant bien que la circoncision permet de reduire considérablement la surface permeable au VIH  -sida   et même la peau restante finit par se kératiniser et devenir plus impermeable. Pour les autres MST, elle facilite la sortie libre des résidus urinaires et sécrétoires qui pourront profiter la pénétration de voie génitale masculine et créer l’infection (ici il s’agit du stade post coital). En se basant sur une étude dirigée par Bertran Auvert en 2005 sur l’impact de la circoncision en Afrique du sud (Région d’Orange Farm) pour un echantillonnage de 3000 hommes, la circoncision masculine apporterait une reduction de 60% en moyenne la transmission du VIH  -SIDA   de la femme vers l’homme. Un projet ,intitulé : Campagne de Circoncision dans la lutte préventive contre la transmission de VIH  -SIDA   et autres MST par la voie sexuelle, est conçu et il nécéssite le soutien financier de qui que ce soit,ayant compris les catastrophes qu’entrainent le SIDA   à l’humanité et qui est pour son opposition, pour sa participation. (cas de la ville de Bukavu et surtout ses périphéries)

GABRIEL LUNJWIRE MUDERHWA lunjwire2003 yahoo.fr Président del’AAPVVS (association d’assistance aux personnes vivant avec le VIH   et SIDA  ) Bukavu-RDC. Tél :+250 0843 2009

**************************

La circoncision comme moyen de prévention de l’infection à VIH   a fait l’objet d’une longue discussion entre les membres au cours du mois de juillet.

Le premier message de juillet : www.essentialdrugs.org/emed/... Les articles cités : www.essentialdrugs.org/emed/archive/200607/msg00119.php

Très rapidement résumés, voici les éléments de ces échanges.

Pour la prudence. Dans certains pays d’Afrique, "tout le monde est spécialiste de la circoncision", des risques d’accidents sont à redouter : hématomes, mauvaise asepsie, cas de tétanos, blessures graves dont découlent des handicaps irrémédiables. Le matériel est parfois mal stérilisé dans les formations sanitaires. Les réserves sur l’étude : simulation dynamique sur 10 ans à partir d’une observation sur une période assez courte.

Pour aller vers cette solution parmi d’autres. Aucune influence sur la dynamique d’une épidémie ne peut être obtenue avec un seul moyen de prévention, il faut toujours en associer plusieurs. Plusieurs études montrent les différences de prévalences entre les populations dans lesquelles les hommes sont circoncis et les population dans lesquelles ils ne le sont pas. Les hommes non circoncis font des balanites à répétition ce qui indique un risque plus important d’IST. La mise en œuvre de programme en faveur de la circoncision serait l’occasion de sécuriser ces pratiques déjà existantes, en évitant les complications.

Dans tous les cas, deux points sur lesquels veiller : le consentement des personnes ; signifier clairement la différence de nature entre la circoncision et l’excision.

Lors de la conférence de Toronto, l’étude de Bertrand Auvert a été présentée et commentée. La position des organisations internationales est d’attendre les résultats des études en cours en Ouganda et au Kenya avant de faire une recommandation. Depuis, deux impacts de l’information : en France, le service de téléphonie Sida   info service reçoit des appels d’hommes circoncis qui demandent si ils peuvent se dispenser du port du préservatifs ; dans certains pays africains, des femmes ont demandé à des représentants du Fonds Mondial si l’excision pourvait constituer une barrière.

Quelques références des communications de Toronto que l’on peut trouver sur le site de la conférence (www.aids2006.org) :

1 - Bailey R.C., « A randomized controlled trial of male circumcision to reduce HIV incidence in Kisumu, Kenya : progress to date », TUAC0201

2 - Sateren W.B. et al., « Male circumcision and HIV infection risk among tea plantation residents in Kericho, Kenya : incidence results after 1,5 years of follow-up », TUAC0202

3 - Mesesan K. et al., « The potential benefits of expanded male circumcision programs in Africa : predicting the population-level impact on heterosexual HIV transmission in Soweto », TUAC0203

4 - Agot K. et al., « Male circumcision in Siaya and Bondo districts, Kenya : a prospective cohort study to assess behavioural disinhibition following circumcision », TUAC0205

5 - Kahn J.G.et al., « Cost-effectiveness of male circumcision in sub-Saharan Africa », TUAC0204

6 - Lloyd-Smith E. et al., « The potential impact of male circumcision on the AIDS epidemic in Africa », TUPE0399

8 - Way A. et al., « Is male circumcision protective of HIV infection ? », TUPE0401


Publié sur OSI Bouaké le mercredi 22 novembre 2006

 

DANS LA MEME RUBRIQUE

 
 
 


> La circoncision comme moyen de prévention de l’infection à VIH

Je voulais juste préciser (s’il en était besoin ?) que la circonsision est bien un moyen de prévention de la transmission du VIH   de la femme vers l’homme UNIQUEMENT et ne doit en aucun cas être opposé aux moyens de prévention habituels (préservatifs...)

> La circoncision comme moyen de prévention de l’infection à VIH
2 décembre 2006, par Sand   [retour au début des forums]

Négocier avec les ancêtres. Un commentaire pioché sur Emed :

A propos de la circoncision

De quelle circoncision parle-t-on ?

De l’aseptique pratiquée dans de bonne conditions, de celles plus traditionnelles qui peuvent intégrer des "pactes de sang ?"

J’ai travaillé en 2005 en Angola, dans la région des hauts plateaux du centre, sur un programme de prévention des IST dont l’infection à VIH  .

Dans certaines communautés, il est pratiqué une circoncision de groupe, par classe d’age. Elle est pratiquée sur des garçons du même age, ayant entre 11 à 13 ans.

Dans le village, c’est le tradipraticien encore appelé "Pailhaçao" qui la pratique au cours d’une cérémonie.

Les garçons d’une même classe d’age sont réunis, et circoncis à l’aide d’une lame unique, afin de réaliser un pacte de sang, en "transmettant du sang d’un garçon à l’autre". Cette transmission sanguine symbolise dans la communauté les frères de sang ; elle est un lien social important de cohésion et de fraternité, dans cette zone qui a tant souffert et qui souffre encore tant des séquelles laissées par le conflit armé, les mines, les déplacements de population et la pauvreté. Dans ce cas précis, on ne peut pas vraiment dire que la circoncision soit un instrument contre la transmission du VIH   !!!

Ma problématique a été de comment pouvoir réfléchir de cette situation. La femme européenne que je suis, qui est professionnel de santé, mais ni anthropologue, ni ethnologue, n’a pas la capacité d’intervenir seule de manière sensée. Je ne peux pas accepter de faire de la violation ou de la contre culture.

Le "Pailhaçao" est un homme de la communauté qui agit toujours en tenue traditionnelle. Son visage recouvert par un masque et son identité ne sont pas connues. Seule des rumeurs courent, sur des noms.

Il ne doit traditionnellement pas se dévoiler, il ne m’était donc pas possible de le rencontrer.

J’ai proposé par collègues angolais interposés de lui parler à visage masqué, ou derrière une paroie, ou par des écrits transmis et lus par des partenaires locaux. J’ai bien insisté sur le fait que mon désir de communication ne portait pas sur la circoncision elle même, mais sur les conditions de sa réalisation. La symbolique de la classe d’age et du pacte de sang m’a été expliquée par les membres de la communauté et le personnel de santé local. J’ai émis la possibilité de transmission de maladies infectieuses par la lame commune, et ai demandé au "Pailhaçao" de réfléchir sur la possibilité d’inventer une symbolique de la transmission du sang entre garçon qui conserverait le pacte de sang et la création frères de sang, en utilisant du matériel tranchant unique, et jetable ou désinfectable.

Quand nous sommes revenus dans ce village situé à des heures de route en voiture, le "Pailhaçao" m’a fait prévenir qu’il acceptait de me rencontrer, ce qui est un grand signe de confiance et de respect.

Ma mission s’est achevée avant que je n’ai pu y retourner, mais mes collègues et amis angolais largement au point sur le terrain médical ont continué ce travail de terrain plus anthropologique que médical dans le fond. Le "Pailhaçao" a accepté l’éventualité d’utiliser des lames uniques par garçons et de réfléchir sur la symbolique.

Quand je suis arrivée dans cette zone de l’Angola, il était plutot question par les autorités locales d’interdire la circoncision, ce qui partait d’une base biologique sensée, mais sous les conseils venat du Nord.

Que se serait-il passé si l’interdiction de la circoncision dans ces conditions avait été mise en place ? Probablement de la circoncision clandestine, dans des conditions encore plus risquées, comme cela se produit en général suite à une interdiction.

Les populations n’ont ni les moyens physiques ni économiques pour se déplacer (routes minées, grandes distances).

A force de donner des ordres qui sont inadaptés et n’ont pas de sens, les grandes institutions du Nord empirent parfois les situations déjà tant critiques dans des zones Sud.

Les programmes des ONG ne sont pas accompagnés de professionnels des coutumes et cultures qui permettent d’agir dans le respect. Elles feraient bien de réfléchir sur l’inclusion des Sciences Humaines dans leurs programmes et verraient sans doute mieux ainsi leurs abbérations voire leurs échecs. Les personnes qui partent ne sont pas formées à l’adaptation aux cultures, je ne sais pas ce qu’en pense mes confrères des autres pays, mais en ce qui me concerne j’en suis désolée.

Walele

Dr Sylvie Chiron (pharmacien-France) sylviechiron hotmail.com