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La 17e conférence mondiale sur le Sida s’ouvre... dans les rues de Mexico


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Les conférences internationales sur le sida   – moments clé dans l’histoire de la lutte contre l’épidémie – ont une particularité : elles commencent toujours 24 heures avant le jour officiel, par une manifestation d’activistes qui donne le ton. C’est devenu un rituel, aussi vieux que ces congrès. Il y a deux ans, à la conférence de Toronto, la manifestation avait été décevante, bien maigrichonne, à peine une petite centaine d’activistes dans les rues. On était loin des milliers de militants de la conférence de Durban, en 2000, hurlant dans cette ville sud-africaine : « Les malades sont au sud, les traitements au Nord. » Qu’allait-il se passer à Mexico, siège de la 17e conférence qui a commencé dimanche soir ?

Samedi 2 août, vers 13 heures, sur la place de l’Ange de l’Indépendance de Mexico, la manifestation commence banalement. Juste une petite foule est là, baignant dans une atmosphère de Gay pride, avec de la musique disco. Bref, une image plaisante, mais une image sans grand intérêt. Puis peu à peu, l’air de rien, comme venu de toute la ville, le cortège se met à grossir, se remplit d’une foule disparate, variée, vivante, unique. Une foule comme seule la lutte contre le sida   peut réunir, avec des « sex-workers » venus en masse, des gays, des transexuels, des militants indigènes, des très jeunes mexicains présents en grand nombre, tous défilant derrière une immense banderole : « Marche internationale contre les stigmatisations, les discriminations, l’homophophie ». Les policiers, au début rigolards, se mettent à remplir leurs poches de préservatifs, certains applaudissant même.

Quand le cortège arrive deux heures plus tard dans le quartier historique et qu’il se déverse aux pieds de la très catholique cathédrale, on se dit que cette conférence de Mexico ne commence pas si mal. Certes, pour la première fois, il y a moins d’inscrits et moins de journalistes qui ont fait le déplacement qu’il y a deux ans – 22 000 participants contre 30 000 à Toronto – il n’empêche, la vitalité de la lutte contre le virus paraît rester entière.

On en a la confirmation, le lendemain, dimanche soir, lors de la séance officielle d’ouverture. Une ouverture en forme de défi. On aurait dit que tous les orateurs s’étaient donnés le mot pour dénoncer l’homophobie, les discriminations. « C’est le virus qu’il faut combattre, non pas les gens qui vivent avec le sida   », martèle le président du congrès, Pedro Cahn. « J’appelle tous les gouvernements à lutter contre la discrimination, l’exclusion, et l’homophobie », poursuit Ban Ki-Moon, le secrétaire générale de l’ONU  . Même tonalité très offensive du président mexicain. « Le sida   n’est pas qu’une problème de santé publique, c’est une question de droits de l’homme. »

Juste avant ces propos officiels, il y a eu un moment d’émotion, avec les mots d’une jeune fille de 13 ans, venue du Honduras. Elle est montée sur la tribune. La voix claire, elle a raconté : « Je veux être chanteuse, c’est mon rêve. Mais on ne s’occupe pas de nous. Mes parents, tous les deux, sont malades du sida  . Mon père est aujourd’hui aveugle, c’est très difficile de le voir comme cela. » Et elle aussi a dit : « Nous voulons que les gouvernements nous écoutent, nous voulons un monde sans discrimination. »

Eric Favereau / Libération / lundi 4 août 2008


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Publié sur OSI Bouaké le lundi 4 août 2008

 

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J’ai presque cru que c’était une blague quand j’ai lu que celui qui écrit ce vibrant article prônant la tolérance et la non-discrimination des séropo est le même Eric Favereau qui, depuis le début des années 2000, fustige les ’mauvais’ séropositifs qui ont des relations sexuelles non protégées (qu’il doit opposer aux ’bons’ séropos, les gentils, ceux qui mettent des capotes). Celui-là même qui a cédé à la trop facile tentation de la criminalisation des séropositifs et défendu cette position au sein d’Act Up, association qui s’était jusqu’alors toujours positionnée en faveur d’une co-responsabilité de la prise de risque : un rapport sexuel se passe à deux, une contamination aussi. Le milieu associatif français a depuis cette époque flirté avec ambiguïté avec la tentation répressive et regardé avec parfois une grande indulgence les lois africaines de criminalisation de la transmission du VIH  . Comble du cynisme, ces défenseurs d’une moralisation de la prévention invoquaient bien malhonnêtement la différence de contexte culturel pour justifier des lois répressives à l’égards des séropos.

De mon point de vue, ce virage idéologique des années 2000 et cette moralisation de la lutte contre le sida   en France explique en partie la (ma) désertion de ces espaces devenus d’arrière-garde. La répression idéologique et politique de l’homosexualité et des séropositifs n’a jamais été aussi forte, et l’Europe n’est pas indemne de ce mouvement réactionnaire. Le congrès de Mexico semble indiquer que le Nouveau Monde ne se trompe pas de combat, et nous permet de reprendre espoir.

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Pour préciser mes propos sur l’évolution d’Act Up Paris  , un article vraiment intéressant de Technikart, qui retrace les évolutions internes d’Act Up : http://www.technikart.com/2003/06/0...

retour de l’ordre moral

Je trouve le débat moral sur la responsabilité, la co-responsabilité ou même le pourcentage de responsabilité respectif...dénué d’intérêt et surtout très dangereux... De tels débats doivent être menés avec uniquement des objectifs de santé publique... Et de ce point vue, ces lois de criminalisation sont un désastre (nuisance sur les campagnes de dépistage, stigmatisation accrue des séropos et déresponsabilisation des autres...)... Tout cela alors que faut il le rappeler les enquêtes (VESPA...) montrent année après année que la proportion de séropos qui dissimulent leur statut sérologique et ne se protégent pas est infime...