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“Je voudrais demander à la chambre de me libérer" : consternation au procès Douch


27 novembre 2009 - Les carnets de Phnom Penh - par Arnaud Dubus (à Phnom Penh)

Les soumissions finales du procès de Douch, l’ex directeur du centre de torture khmer rouge S 21, se sont terminées dans la confusion, lorsque l’accusé, qui a reconnu sa responsabilité dans l’exécution de plus de 12.000 détenus, a demandé vendredi sa libération aux juges.

Son avocat cambodgien Kar Savuth avait déjà demandé l’acquittement de son client mercredi, mais des doutes subsistaient sur la position de l’accusé lui même. Quand le juge-président Nil Nonn, à la fin des débats, a demandé à Douch ce qu’il voulait exactement, celui-ci a répondu : “Je voudrais demander à la chambre de me libérer. Merci beaucoup”, provoquant des remous parmi les quelques 300 personnes présentes dans la salle d’audience et la consternation parmi les juges.

Douch avait, quelques instants auparavant, rappelé sa coopération avec le tribunal et le fait qu’il avait reconnu sa responsabilité dans les crimes commis à S 21. La plupart des membres des familles des victimes étaient tellement choqués par la demande de l’accusé qu’elles préféraient ne pas réagir publiquement. Mais Chum Sirath, dont le frère a été tué à S 21, s’estimait content : “Au moins cela est clair. Dans ce cas de figure, les circonstances atténuantes ne pourront jamais s’appliquer."

La plupart des réactions étaient toutefois indignées. “C’est un triste jour pour la justice. Jusqu’à présent, ce procès était plutôt un succès : les droits de la défense étaient respectés. Mais cela est devenu une farce. Douch a parlé de ses remords, mais il dit en même temps qu’il veut être acquitté. C’est totalement incohérent et outrageant pour les parties civiles”, a indiqué à la sortie du tribunal Nic Dunlop, le photographe britannique qui avait retrouvé Douch en 1999 dans le Nord Ouest du Cambodge.

“Je suis scandalisé de ce qu’on puisse demander l’acquittement de Douch. On peut vraiment s’interroger sur le degré de sincérité des remords et de la reconnaissance de responsabilité de Douch”, indiquait pour sa part l’historien Raoul Jennar.

François Roux, l’avocat international de Douch, qui avait plaidé jeudi les circonstances atténuantes, a également été abasourdi. “François Roux est meurtri car sa ligne de conduite, pour des raisons d’éthique personnelle, a toujours été de défendre des gens accusés de crimes contre l’humanité pourvu qu’ils plaident coupable et reconnaissent la responsabilité de leurs crimes. Il a été saboté par son co-avocat cambodgien”, explique Raoul Jennar.

Une source au Tribunal pour juger les Khmers rouges indique que l’avocat français a décidé de se retirer, avec tous ses assistants, de l’équipe de défense de Douch.

Beaucoup se perdaient en conjectures pour expliquer l’attitude de l’avocat cambodgien. “Ou bien il est idiot, ou bien il est aux ordres”, s’interrogeait un des avocats des parties civiles. Une théorie parmi d’autres est que Kar Savuth, proche du Premier ministre Hun Sen, a choisi ce plaidoyer de non culpabilité pour entrainer une condamnation à une très longue peine prison ; il est en effet connu que le gouvernement cambodgien souhaite que Douch finisse ses jour en prison.

Arnaud Dubus (à Phnom Penh)


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Publié sur OSI Bouaké le vendredi 27 novembre 2009

 

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“Je voudrais demander à la chambre de me libérer" : consternation au procès Douch

Espéré par les uns, décrié par les autres, ce procès aura donc eu lieu... Imparfait dans son déroulement qui a laissé trop à l’écart les parties civiles, frustrant par son contenu qui nous a trop peu appris sur la machine de guerre khmer rouge, le procès est allé jusqu’à son terme et avant même d’en connaitre le verdict (prévu pour le début d’année prochaine), on peut cependant parler à son propos d’une très grande réussite. Ce procès a certes permis de juger un homme, mais il a surtout libéré la parole et la mémoire d’un peuple...chose parfaitement inconcevable il y a peu, dans un Cambodge, où il faut le rappeler, le premier ministre, le président de l’assemblée nationale, et le président du sénat sont d’anciens khmers rouges... Comme en témoigne Françoise Sironi, dans cette vidéo, les manuels d’histoire vont enfin parler de l’épisode khmer rouge, les enfants vont pouvoir questionner leur professeurs, leur parents...un peuple va pouvoir se reconstruire...