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Ippigusugiusavik : une maison pour ceux qui ne marchent plus seuls

Une maison posée en bord de plage. La rivière Koksoak s’étire au sud de Kuujjuaq au Quebec. Harry, Laz et Sanak fument sous le porche. Tout les trois résident à l’« Ippigusugiusavik », les appartements thérapeutiques de la ville.


24 septembre 2009 - Regards sur la folie - par Laure Gruel et Stéphane Moiroux

Délires, replis, hallucinations et autres étrangetés sont d’ordinaire bien tolérés par la communauté Inuit. Celui qui en souffre est accepté comme les autres et reste vivre dans sa famille. Le symptôme -pour utiliser un terme occidental- est pensé comme temporaire et non intrinsèque à la personnalité de celui qui le présente. En fait, le langage inuktitut n’a pas développé de système classificatoire des troubles mentaux. Pas d’étiquetage, ou de diagnostic -toujours selon nos termes.

Cependant, lorsque les aidants naturels se sentent épuisés, ou en danger, le service médico-social devient une ressource essentielle. On lui confie ces individus considérés comme des menaces au bien-être de la communauté. Ceux-ci peuvent être rejetés, voire bannis de leur village. Kuujjuaq, décrite par les prospectus touristiques comme une porte d’entrée du Nunavik devient alors une pratique porte de sortie, un point de chute pour ces exclus.

La régie de la santé et l’office d’habitation Kativik ont créé des appartements pour loger ces personnes échouées. Harry a été exclu de son village, Sanak a été retrouvé à Montréal, à la rue, Laz reste là le temps de stabiliser son comportement. Conçue au départ pour un accueil temporaire, cette maison est devenue un lieu d’hébergement définitif pour cinq des sept personnes y résidant.

Aujourd’hui, Jacques Bertrand, le nouveau directeur, essaie de favoriser une réinsertion dans la ville de Kuujjuaq lorsque les tentatives de réintegration dans la famille ont achoppé. « Mon rôle auprès d’eux est de les aider à identifier et développer ce qu’ils aiment faire ; puis leur permettre d’utiliser cet intérêt, et les compétences liées, au service de la communauté. »

Laz éteind sa clope, rentre dans l’appartement, s’allonge sur le canapé, serre contre lui un gros coussin, se relève et ressort allumer une cigarette pendant qu’Harry retape son CV avec la travailleuse sociale.

Les auteurs : Laure Gruel et Stéphane Moiroux ont été sélectionnés comme coup de coeur pour la bourse PJA, pour leur projet intitulé "Regards sur la Folie". Ils sont partis à la rencontre de quatre communautés amérindiennes, du Nunavik à l’Amazonie, et souhaitent interroger les perceptions de la « folie » et ses traitements. En parallèle, ils extrapolerons sur le quotidien de ces communautés... Un espace personnel leur sera bientôt dédié sur ce site.


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Publié sur OSI Bouaké le jeudi 17 décembre 2009

 

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17 décembre 2009, par osi.bouake   [retour au début des forums]

Comme il neige, j’ai décidé de pratiquer une déferlante Inuit sur le blog...

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17 décembre 2009, par didier   [retour au début des forums]

je croyais que tu allais profiter de la neige pour prendre ton appareil photo et jouer à Michael Kenna dans le parc des buttes Chaumont ???

sinon comment savais tu que je suis absolument fasciné par le peuple inuit ? merci pour tous ces articles...

figure toi que j’enrage, voilà deux heures que je cherche 3 livres fabuleux (un roman + un livre de contes + un livre sur l’art) sur les inuits...et impossible de les trouver...j’ai du les prêter ensemble...il y a longtemps... (seule explication)...ils sont perdus...et hélas je ne me souviens plus des références et ne peux même pas les conseiller à nos lecteurs... c’était pourtant des mines d’informations sur la spiritualité et la mythologie de ce peuple pour qui le moindre acte quotidien (manger, chasser...) ne peut se faire sans un dialogue permanent avec les esprits...