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Guerre au Kivu : vrais enjeux et questions sans réponse


Par Cédric Kalonji | Journaliste Rue89 | 27/11/2008 | 13H46

On a vu les rebelles par ci, il y a des déplacés par là, un massacre a été signalé à tel autre endroit... Tout le monde parle de la guerre dans le Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Une "rébellion" bénéficiant d’une très bonne couverture médiatique et un gouvernement visiblement incapable de remettre de l’ordre ou de restaurer l’autorité d’un état qui n’en est plus une depuis quelques années.

Mais des explications claires quant aux vrais enjeux de cette guerre sont rares. Chacun tente d’analyser la situation avec ses clichés ou avec les éléments incomplets fournis par une des parties en conflit. Tentons d’y voir un peu plus clair.

1 - Une mission des Nations unies coûteuse mais impuissante

Créée le 30 novembre 1999 par la résolution 1291 du Conseil de sécurité des Nations unies, la Monuc est actuellement la plus importante des missions de maintien de la paix de l’ONU  . Elle est également la plus coûteuse avec un budget annuel de près d’1 milliard de dollars.

A ses débuts, cette mission, qui rassemble 17 000 hommes, a pour objectif d’accompagner le processus de transition et les élections en RDC. En 2006, après une longue transition et des élections agitées, Joseph Kabila est élu président de la République. Les priorités changent alors pour la mission, qui s’attache à rétablir la paix et de protection des populations civiles dans les zones encore touchées par des conflits armés.

Depuis la reprise des hostilités entre l’armée congolaise et le CNDP du général déchu Laurent Nkunda, la Monuc a reconnu plus d’une fois son incapacité à protéger les populations civiles, évoquant des difficultés d’ordre logistique.

La solution passe-t-elle par l’envoi de plus d’effectifs sur place, et l’augmentation des moyens engagés ? Combien d’hommes de plus faudrait-il, et quel sera leur rôle ? Observer, ou imposer la paix ?

2 - Des intérêts économiques en jeu

L’Executive Order 13 413 signé par George W. Bush en 2006 ordonnait le gel les avoirs de Laurent Nkunda aux Etats-Unis. Il est alors accusé d’"enlèvements, de déplacements de populations et de violences sexuelles ciblant notamment des enfants".

Cet exemple prouve que depuis les montagnes du Kivu, un chef de guerre peut mettre à l’abri dans des banques occidentales la manne récoltée pendant les conflits.

Contrairement à ce que l’ont peut penser, un chef rebelle dans un pays comme la RDC ne correspond pas à l’image du guerrier couvert d’un costume traditionnel en raphia et qui habite sous une tente avec ses hommes.

Les mouvements rebelles œuvrant dans l’est de la RDC peuvent être considérés comme modernes. Les leaders de ces groupes s’affichent volontiers montre Rolex au bras, au volant de voitures luxueuses et couverts de vêtements sortant tout droit des grandes maisons de couture occidentales.

Même tendance du côté des FARDC, l’armée régulière dont les officiers sont avant tout des hommes d’affaires, impliqués directement dans l’exploitation et la vente d’étain, d’or et de coltan.

Souvent, dans la conquête des territoires pendant les affrontements, les zones minières sont prioritaires. La présence des populations civiles et leur situation sanitaire ne sont que des questions secondaires. Cette même population est utilisée par toutes les parties en conflit comme main d’œuvre bon marché ou même gratuite pour l’extraction des minerais.

3 - Les questions sans réponses

Le regain de violence à l’est du Congo pose aussi quelques questions, notamment sur la légitimité de la rébellion de Nkunda et ses éventuels soutiens étrangers.

1. Depuis la reprise des hostilités, on observe une montée en puissance du CNDP. L’armée congolaise collectionne les défaites face à une rébellion plus organisée et beaucoup mieux équipée.

D’où viennent les armes qu’utilisent les rebelles et où trouvent-ils les moyens de s’en procurer ? Qui se cache donc derrière Nkunda ?

2. Au lendemain de la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu, Laurent Nkunda évoquait un renversement du pouvoir actuel. Il menaçait d’amener ses troupes jusqu’à Kinshasa, "chasser le pouvoir actuel pour libérer le pays d’un gouvernement corrompu et irresponsable".

La communauté internationale et l’ONU   "privilégient la voie diplomatique", reconnaissant de fait le CNDP comme mouvement rebelle. L’ONU   a d’ailleurs dépêché récemment l’ancien président Nigérian Olusegun Obasanjo pour négocier une trêve avec Laurent Nkunda.

D’où Laurent Nkunda tient-il sa légitimité ? Une rébellion a-t-elle le droit de prétendre renverser un gouvernement issu d’élections démocratiques, organisées en 2006 avec le soutien de la Monuc et de la communauté internationale ? 3. Laurent Nkunda multiplie des déclarations pour donner une dimension politique à sa lutte armée. Sa dernière revendication : une révision des contrats signés entre le gouvernement congolais et la Chine.

Ces accords semblables à du troc prévoient l’exploitation d’une certaine quantité de minerais par les chinois en échange de quelques kilomètres de routes, hôpitaux et écoles. Plusieurs pays occidentaux dont la Belgique ont toujours clairement affiché leur opposition à ces accords.

N’y a-t-il pas une main obscure derrière la montée en puissance de Laurent Nkunda ? N’est-ce pas là une manœuvre pour faire fléchir Kabila et lui faire regretter d’avoir pactisé avec les Chinois, au détriment de certaines puissances ? 4. En 2001, les Nations unies accusaient le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda de piller les ressources minières congolaises. Les experts onusiens s’étonnaient alors que ces pays soient devenus exportateurs de minéraux qu’ils ne produisent pas : or, diamant, cobalt et coltan.

Le secrétaire général de l’ONU  , Kofi Annan, a recommandait l’interdiction immédiate des exportations de minéraux et de bois en provenance de ces pays. Qu’en est-il aujourd’hui ? Rien ! Les minerais congolais, coltan, or et étain transitent toujours par le Rwanda et l’Ouganda.

Quelle est la destination finale des minerais pillés au Congo ? A qui profitent la guerre et la confusion qui prévaut à l’est de la RDC ? Ne serait-il pas plus bénéfique pour les grandes firmes occidentales, avides de minerais d’entretenir la guerre afin de préserver leurs mines bon marché ?

Les réponses à toutes ces interrogations permettront sans doute de trouver une solution pour mettre fin à la guerre qui fait tous les jours des milliers de victimes innocentes. Des libérateurs armés, les populations civiles des Kivu en ont vu, et de toutes les couleurs.

Enterrant leurs morts, n’ayant plus de larmes pour les pleurer, ils attendent impuissants qu’un miracle se produise, qu’il cesse enfin de pleuvoir des bombes chez eux. Si l’aide humanitaire leur apporte un réconfort temporaire, une paix durable reste le salut, un grand rêve pour ces nombreuses âmes meurtries.)


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Publié sur OSI Bouaké le vendredi 28 novembre 2008

 

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28 novembre 2008, par Sand   [retour au début des forums]

Nkunda, chef de guerre aux fines lunettes qui reçoit les journalistes et photographes les uns après les autres, hyper-photographié donc, crédibilisé par les médias, sur-armé par ceux-dont-on-ne-dit-pas-le-nom... Il faut en effet s’interroger sur sa brusque arrivée à l’avant-scène de ce conflit. Précisément au moment où la nouvelle d’une crise mondiale des ressources naturelles s’actualise... Quelle étrange coincidence.

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29 novembre 2008, par didier   [retour au début des forums]

je ne peux que vous recommander la lecture de cet autre article : http://osi.bouake.free.fr/spip.php?article1004 ou de voir les autres articles sur le même sujet (voir mots clés)...vous comprendrez que le Congo a comme principal défaut d’avoir un sous-sol qui regorge de richesse, ailleurs c’est du petrole, là ce sont differents minerais... la géopolique y est semblable, mêmes causes...mêmes effets...