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Fleur Pellerin, la figure montante de l’équipe Hollande

Adoptée en Corée, cette énarque et conseillère à la Cour des comptes apparaît déjà comme la future ministre de l’Economie numérique.


Nouvel Obs - 16/03/12 - Par Boris Manenti

Fleur Pellerin est une rose. L’image est facile, mais sa douceur s’accompagne d’épines. Encore inconnue il y a quelques mois, la responsable de l’économie numérique de la campagne de François Hollande a su imposer sa marque et ses idées. Une importance telle, qu’aujourd’hui beaucoup la voient déjà ministre.

Sous sa frêle apparence et son look rock-n-roll, Fleur Pellerin est une bûcheuse. D’entrée, cette conseillère à la Cour des comptes prévient : "Je ne suis pas là parce que je suis une femme ou parce que j’ai les yeux bridés, mais parce que je suis compétente". Là aussi par le soutien de François Hollande - qu’elle connaît depuis deux ans - et de son "ami" Pierre Moscovici, le directeur de campagne. A 38 ans, Fleur Pellerin se paye même le luxe de refuser d’être candidate aux prochaines élections législatives. Elle réclame "un sujet de fond" : la Culture ou l’économie numérique. Hollande lui offre le second.

Après Rachida Dati ou Rama Yade, le Club XXIe siècle, qui vise à promouvoir la diversité et dont elles ont été toutes les trois présidentes, tient sa nouvelle égérie.

"J’ai beaucoup d’estime pour elle"

Fleur Pellerin devient la seule chef de pôle issue de la société civile dans l’équipe Hollande. De quoi susciter de nombreuses critiques (surtout à droite) qui mettent en doute sa connaissance du sujet. Fleur Pellerin se justifie en rappelant son parcours. Née en Corée du Sud et adoptée à l’âge de six mois, elle obtient son bac à 16 ans, étudie l’économie à l’Essec, enchaîne avec Sciences Po, pour sortir de l’Ena à 26 ans. Arrivée à la Cour des comptes, la brillante jeune femme s’occupe d’économie numérique et surtout de culture.

Dans cette campagne (sa troisième avec le PS), elle décide de gagner, de mériter, sa nomination par le travail. "Comme je n’ai pas de légitimité élective, je dois me forger une légitimité dans le boulot", explique-t-elle. Et pour bosser, Fleur Pellerin bosse. Ses collaborateurs sont unanimes : "C’est dingue, elle ne s’arrête jamais..." Elle réunit autour d’elle une quarantaine de personnes pour couvrir la large palette de l’implication du numérique dans la société : culture, télécoms, éducation, énergie, santé... Une grosse équipe que l’énarque gère avec exigence depuis son BlackBerry et son iPhone. "Fleur gère son équipe comme un patron de start-up : en déléguant mais en gardant un œil sur tout", décrit l’un de ses proches collaborateurs.

Le tout avec le souci du détail d’un horloger suisse, modifiant chaque virgule des communiqués de presse. "C’est un bourreau de travail", renchérit l’un de ses conseillers. "Si elle n’était pas la plus grande spécialiste du numérique au début, maintenant elle l’est", ajoute-t-il.

Un constat que confirment plusieurs de ses interlocuteurs, des télécoms aux artistes. "De mes rencontres avec Fleur, je retiens l’image de quelqu’un posé, sans idées préconçues et à l’écoute", estime Maxime Lombardini, directeur général d’Iliad, maison-mère de Free. "Elle connaît bien les sujets qui nous préoccupent, comme la fiscalité du numérique."

Même son de cloche du côté de Pascal Rogard, directeur de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). "J’ai beaucoup d’estime pour elle. Malgré mon mauvais caractère, on s’entend très bien. C’est une personne à l’écoute qui a joué un grand rôle dans la réconciliation entre la gauche et les artistes", avance-t-il.

"Au début c’était compliqué..."

Pleine d’énergie, Fleur Pellerin a su convertir François Hollande au numérique. Au-delà du candidat, toute l’équipe de campagne s’est ralliée à la bûcheuse. Quelques anicroches ont toutefois lieu avec Aurélie Filippetti, chargée de la Culture, sur le dossier Hadopi. "Au début, c’était compliqué", reconnaît Fleur Pellerin, "mais maintenant nous travaillons ensemble." Un discours policé après une bataille interne sur le financement de la culture numérique et l’après-Hadopi qui a énervé jusqu’à Hollande. Les querelles terminées, les deux femmes travaillent de concert pour élargir l’offre légale, lutter contre la contrefaçon commerciale et trouver de nouvelles sources de financement pour les ayants droit et la création à venir.

Malgré son côté "bon petit soldat", selon ses termes, Fleur Pellerin ne manque pas d’humour. "Elle est sympa et cool", confirme l’un de ses collaborateurs. La chargée d’économie numérique passe, au fil des questions, d’une dénonciation de la carte d’identité biométrique à l’économie du jeu vidéo, gratifiant d’une imitation des "Lapins crétins".

Bref, Fleur Pellerin a tout pour plaire. Dans son entourage, on la voit déjà ministre. "De l’Economie numérique" pour les plus pondérés, "de la Culture, voire beaucoup plus important" pour les autres. L’intéressée reste modeste : "Je n’y pense pas tous les matins en me rasant, j’ai trop le nez dans le guidon". Elle ne cache pourtant pas son envie d’"un ministère rattaché à l’industrie" ou alors d’"un rôle de conseiller" à l’Elysée ou à Matignon. Pour l’heure, "la priorité est de se débarrasser de l’équipe au pouvoir et de faire une grosse fête le 6 mai", conclut-elle.


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Publié sur OSI Bouaké le mardi 8 mai 2012

 

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Fleur Pellerin, icône de la diversité en Corée Libération - 13 Juin 2012 Récit A Séoul, la nomination en France de la ministre d’origine coréenne, fierté nationale, a mis en lumière le racisme qui sévit localement.

Kim Jong-suk, c’est beaucoup plus facile à prononcer que Fleur Pellerin pour les Coréens, constate le Financial News. Comme la plupart des autres médias du pays, le journal n’a donc pas hésité à ressortir le nom de naissance de la nouvelle ministre déléguée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique au sein du gouvernement Hollande.

Au lendemain de sa nomination, Fleur Pellerin faisait la une des journaux coréens, qui retraçaient son parcours exemplaire. Dans un pays obsédé par la réussite scolaire, ses diplômes ont suscité l’admiration. Même si elle n’a jamais remis les pieds sur le sol coréen depuis son adoption à l’âge de six mois, en 1974, la ministre s’est soudain retrouvée « enfant du pays ». L’an dernier, le sénateur vert Jean-Vincent Placé, également adopté et d’origine coréenne, avait reçu un accueil fraternel et élogieux. « Nous serons toujours liés à ces gens par le lien du sang, c’est très fort pour nous », commente Ji-soo, designer, 33 ans.

Pourtant, l’histoire de Fleur Pellerin renvoie les Coréens à la douloureuse question de l’adoption : le pays a longtemps été le premier pourvoyeur d’enfants à l’international. Et « tous ne réussissent pas aussi bien que Fleur Pellerin, au contraire », note le quotidien conservateur Donga. Sur Twitter, Choi Myung-gil, correspondant sud-coréen basé à Paris, se souvient « des pleurs terribles des enfants sur les vols entre Séoul et Orly dans les années 1970 ». Il lui semble déplacé de la part des Coréens de qualifier aujourd’hui la ministre de « franco-coréenne ».

La nomination de Fleur Pellerin est venue faire écho à l’élection à Séoul, en avril, de Jasmine Lee, première députée d’origine étrangère. La victoire de cette jeune femme née aux Philippines avait déclenché une déferlante de commentaires racistes sur le Web. Avoir l’air différent des autres et arriver au sommet paraît encore inconcevable dans la société coréenne, l’une des plus homogènes au monde.

Du coup, le parti conservateur appelle à s’inspirer de la société française « qui garantit l’égalité des chances sans discrimination », et Hankyoreh, journal de gauche, sous le titre « Prenons exemple sur le modèle d’intégration à la française », encense le gouvernement Ayrault qui respecte la parité et forme un « arc-en-ciel d’ethnies, d’âges et de parcours ».

Quant à Fleur Pellerin, interrogée par l’AFP sur cet émoi médiatique dans son pays d’origine, elle se félicite de « l’ouverture d’un débat public sur la politique d’intégration en Corée ».