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Côte d’Ivoire : Combler les lacunes en santé mentale


Abidjan, 27 octobre 2011 (IRIN) - Si les troubles qui ont éclaté à la suite des élections ont causé des dommages qui sont encore visibles à Abidjan, la principale ville de Côte d’Ivoire, ils ont également eu d’autres effets moins tangibles, mais tout aussi destructeurs : les traumatismes psychologiques.

Selon des experts de la santé ivoiriens, il est difficile de dire combien de personnes ont besoin de soins de santé mentale à la suite de la récente crise. Le ministère de la Santé a indiqué qu’il ne disposait pas de chiffres à ce sujet. Des travailleurs de la santé et des résidents ont cependant dit à IRIN qu’il n’existait pas beaucoup de ressources pour ceux qui souffrent de traumatismes liés au conflit.

« Ma plus jeune s’endort en pleurant tous les soirs », a dit Bakary, un jeune homme de 28 ans qui a vu sa femme traînée dans la rue et abattue. « Nous aimerions obtenir de l’aide, mais quelles options s’offrent à nous ? »

D’après les responsables du Programme national de santé mentale (PNSM), financé par le gouvernement, des milliers de personnes ont besoin de soins de santé mentale et n’y ont pas accès. « Le personnel qualifié n’est pas suffisamment nombreux pour satisfaire les besoins psychiatriques de la population », a dit à IRIN le coordonnateur du PNSM Roger Delafosse. Le PNSM a été créé en 2007 - cinq ans après la crise de 2002-2003 - pour former des gens afin qu’ils puissent offrir un soutien psychologique. Selon M. Delafosse, les soins de santé mentale n’étaient pas considérés comme une priorité même à la suite du précédent conflit.

Si la sensibilisation aux problèmes de santé mentale s’est quelque peu améliorée dans le monde entier au cours des dernières années, les chercheurs estiment cependant qu’elle est encore trop faible et que le manque d’engagement politique fait obstacle à la fourniture de soins appropriés.

Le ministère de la Santé ivoirien n’a pas pu fournir de chiffres permettant de connaître la proportion de professionnels de la santé mentale dans l’ensemble de la population. On sait toutefois qu’il n’existe que trois établissements de santé mentale pour 21 millions d’habitants : un hôpital psychiatrique situé à Bingerville, aux abords d’Abidjan, une unité ambulatoire dans la capitale politique, Yamoussoukro, et un établissement à Bouaké, une ville du centre-nord du pays. Les seuls services de psychologie clinique actuellement disponibles dans l’ouest du pays sont gérés par l’organisation médicale humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF  ). Les hôpitaux des villes occidentales de Daloa et de Guiglo sont censés offrir des services psychologiques, mais les postes correspondants sont toujours vacants.

Après les affrontements provoqués par la rébellion de 2002 en Côte d’Ivoire, le gouvernement a mis sur pied une cellule de solidarité pour offrir un soutien psychologique aux victimes. L’unité a cependant été fermée en 2005. D’après Noel Faiteh, psychiatre à l’hôpital de Bingerville, il est nécessaire de mettre en place une structure semblable.

« Parmi les personnes qui viennent à l’établissement de Bingerville ces jours-ci, nombreuses sont celles qui agissent en désespoir de cause », a dit M. Faiteh à IRIN. « Tandis que je vous parle, de nouveaux patients affluent ».

Témoins d’actes de violence

« Les personnes les plus vulnérables sont celles qui ont été directement témoins d’actes de violence, soit en tant que participants ou en tant que victimes », a-t-il ajouté. « S’il n’est pas traité, ce genre de traumatisme peut se développer et finir par exiger une aide psychiatrique au lieu d’un simple soutien psychologique ».

L’évaluation des besoins en santé mentale est compliquée par le fait qu’un événement donné peut provoquer des réactions très variées, a dit à IRIN Nathalie Lion, psychologue clinicienne auprès de MSF  . « Il n’y a pas de règle. Deux personnes appartenant à la même famille peuvent vivre différemment une même situation. On ne peut pas établir une liste de ceux qui auront besoin d’aide : il y a trop d’éléments qui entrent en jeu ».

Selon Mme Lion, les enfants qui se sentent en sécurité dans leur environnement ont plus de facilité à s’en sortir. « Des éléments très simples peuvent influencer la façon dont une situation est vécue, par exemple si l’enfant est dans les bras de sa mère [au moment de l’incident] ou si on lui dit que c’est normal ou non de pleurer ».

De nombreuses personnes portent encore le fardeau de ce qu’ils ont vécu et ont de la difficulté à simplement gagner leur vie, ont dit des Ivoiriens à IRIN. François Massoné, 46 ans, a dit qu’il était bouleversé chaque fois qu’il pénétrait à l’intérieur de sa boulangerie, où il a vu deux employés - l’un étant son beau-frère - se faire tuer. « On dit qu’on est OK, mais ce n’est pas tout à fait vrai », a-t-il dit. « Même s’il est difficile pour moi de venir travailler, je dois le faire, car j’ai une famille à nourrir ».

M. Massoné a dit qu’il aimerait que le gouvernement offre davantage d’aide à ceux qui souffrent de détresse psychologique. « Pour les familles endeuillées, [ces soins] sont plus importants que des sacs de riz ou de sucre », a-t-il ajouté, faisant référence aux dons de nourriture et d’équipements distribués récemment par le gouvernement aux personnes affectées par le conflit.


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Publié sur OSI Bouaké le dimanche 6 novembre 2011

 

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6 novembre 2011, par  free.fr">Sand   [retour au début des forums]

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