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Coopération : Canfin marque la rupture

Le nouveau ministère du Développement veut faire oublier la Françafrique.


Libération - 17 mai 2012 - par Thomas Hofnung

C’est l’une des surprises du premier gouvernement du quinquennat de François Hollande : exit le ministère de la Coopération, place au ministère du Développement ! Un glissement sémantique qui n’est pas anodin. « Le terme de coopération était trop marqué Françafrique   », concède un haut fonctionnaire. « Il y avait une notion un peu condescendante dans ce vocable, ajoute un diplomate. Le développement, c’est l’idée d’un partenariat mutuellement profitable. » On est très loin des propos tenus, en juin 2008, par un ancien titulaire de la Coopération, le sarkozyste Alain Joyandet. Ce dernier déclarait à Libération : « On veut aider les Africains, mais on veut que cela nous rapporte. » Durant la campagne, les observateurs avaient noté dans l’entourage du candidat Hollande la présence de William Bourdon, l’avocat et fondateur de l’association Sherpa, à l’origine de l’enquête sur les biens mal acquis.

Emoi. Deuxième surprise : le nom du ministre délégué au Développement. C’est le vert Pascal Canfin, un député européen de 37 ans, qui a été choisi pour succéder à Henri de Raincourt, plutôt que le socialiste Kader Arif ou le sénateur communiste Robert Hue. Le premier, qui était justement chargé de ces questions dans l’équipe de Hollande, atterrit finalement aux Anciens combattants…

Pascal Canfin n’est pas un spécialiste du développement. Ancien journaliste au magazine Alternatives économiques, il s’est surtout fait connaître par ses travaux sur la spéculation financière, les banques et l’économie verte. Durant la campagne d’Eva Joly, il a défendu un « projet de budget alternatif » conçu comme un « new deal écologique et social ». « Vu son profil, on peut imaginer qu’il sera notamment chargé de mettre en place la taxe sur les transactions financières », pronostique un ancien de la « Coopé ».

L’âge et le pedigree de Pascal Canfin traduisent certes une volonté de rupture avec les usages du passé, de droite comme de gauche. Mais de quelle marge de manœuvre disposera ce ministre délégué placé sous la tutelle du Quai d’Orsay ? Pendant la campagne, un déplacement au Gabon du nouveau ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait créé un certain émoi au sein des ONG et jusque dans l’entourage du candidat Hollande. A Libreville, l’ex-Premier ministre de François Mitterrand s’était félicité des relations « excellentes » de la France avec le président Ali Bongo, dont l’élection en 2009 reste très contestée.

« Dinosaure ». « Rencontrer un dirigeant ne veut pas dire qu’on cautionne tout », assure un diplomate à Paris. Mais, au sein de la société civile gabonaise, la nomination de Fabius passe mal. « Son arrivée nous inquiète, lâche Marc Ona, une figure respectée à Libreville. C’est une sorte de dinosaure de la Françafrique  . Le fait qu’un écologiste et spécialiste de la lutte contre les paradis fiscaux soit à ses côtés est certes un signe positif, mais ce dernier n’interviendra pas sur les aspects politiques. Or, la Françafrique  , c’est d’abord le volet politique. »

Ce jugement catégorique n’entame pas l’optimisme d’un bon connaisseur de ces dossiers. « La nomination de Pascal Canfin est l’occasion de faire vraiment bouger les choses. A condition qu’il dispose d’une équipe bien connectée avec le Trésor. » Car, en dernier ressort, c’est toujours Bercy qui décide.


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Publié sur OSI Bouaké le jeudi 31 mai 2012

 

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Coopération : Canfin marque la rupture

Á l’heure où l’on se réjouit sur les chances qui existent que change enfin la politique de la France en matière d’Aide Publique au Développement, le Directeur général de l’Agence Française de Développement outil d’intervention de ce ministère, se gargarise sur les excellents résultats de l’agence, et se distribue nombre de satisfécits.

On croit rêver quant on constate sur le terrain l’absence totale de résultats malgré l’importance des sommes englouties, nos impôts. Le problème est que dans ce domaine ce n’est pas le volume des sommes mises en jeu qui compte, mais la façon dont elles sont utilisées. Au Sénégal, dans la vallée du fleuve où l’Agence intervenait de façon catastrophique au début des années 2000, une brave femme sénégalaise travaillait inlassablement avec d’autres femmes, les hommes étant partis, parfois au péril de leur vie, essayer de gagner quelque argent en Europe. C’est elle qui disait : «  En Afrique les projets de Lutte contre la pauvreté appauvrissent les populations !  ». Le projet de l’AFD visait à mettre enfin en valeur les terres agricoles suite à la construction de couteux barrages vingt ans auparavant. La proposition d’organisation du secteur agricole selon le modèle coopératif, qui aurait pu être appliquée à l’ensemble du pays, fut violemment rejetée par l’AFD au motif que ce que l’on voulait c’était que des investisseurs étrangers viennent utiliser les esclaves locaux pour exploiter ces terres et exporter la production et les bénéfices en Europe ! «  Comment voulez-vous clamait la même brave femme que des investisseurs viennent sur des exploitations de 600 mètres de long sur 2 mètres de large sur lesquelles nous vivons jusqu’à 40 ?  ».

Le Directeur général de l’AFD s’inscrit parfaitement dans cette ligne qui fut définie en juin 2008 par Alain JOYANDET Secrétaire d’État à la coopération qui déclarait sans rire : «  Ne pas avoir peur de dire aux Africains qu’on veut les aider mais qu’on veut aussi que cela nous rapporte  ».

Puisse le nouveau Ministre agir avec un peu plus d’humanité vis-à-vis de pays où des dizaines de petits meurent de faim toutes le minutes.

Jean-Pierre Canot Auteur de « Apprends-nous plutôt à pêcher ! ».

Coopération : Canfin marque la rupture
1er juin 2012, par Sand   [retour au début des forums]

C’est tellement juste ce que vous dites. J’aime bien la formule de Joyandet qui dit tout haut ce que nous avions tous observé : le cynisme totalement décomplexé de la France en Afrique. Merci d’avoir pris le temps de réagir à cette info... Nous aimerions tant croire en un changement.