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« Cameroun : sortir du Nkuta » (placard), l’Afrique face aux gays


Infosud - Tribune des droits humains | Par Sandra Fontaine | 15/03/2010

(De Genève) Cécile Metzger a réalisé le documentaire « Cameroun : sortir du Nkuta » [« sorti du placard, ndlr] pour traiter de la dure réalité de l’homosexualité sur le continent africain : clandestinité quasi obligatoire, répression accrue, durcissement des lois… A l’instar du reste du continent, être homosexuel au Cameroun constitue un calvaire.

De l’ensemble des pays du Maghreb à nombre de ceux au Sud du Sahara, 38 Etats d’Afrique criminalisent les relations entre personnes du même sexe. Mais le Cameroun est le seul pays africain francophone, à majorité non-musulmanne, à pénaliser les relations entre personnes du même sexe.

“Cameroun : sortir du Nkuta” a été projeté vendredi dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains (Genève, du 5 au 14 mars, dont Rue89 est partenaire).

Des rafles ont été organisées

Après la publication dans la presse camerounaise, en octobre 2006, de listes de personnalités politiques et autres artistes supposés homosexuels, le sentiment homophobe a été exacerbé aussi bien dans la rue que dans les tribunaux.

Des rafles ont été organisées dans des lieux prétendument fréquentés par des gays. Des hommes et des femmes ont été emprisonnés des mois avant de pouvoir se présenter, enchaînés, à leur procès.

Alice Nkom, avocate camerounaise qui a fait de la défense des droits des lesbiennes, gays bi et transgenres le combat de toute une vie, témoigne :

“Encouragés par les médias qui cherchent les records d’audience, les outings forcés se sont dangereusement banalisés en Afrique, source de toutes les dérives et violations des droits humains”. (voir la vidéo)

Poussée du fondamentalisme religieux

“Je suis né homo, Jésus a dit ‘Aime ton prochain’, la haine n’est pas africaine”. Fièrement scandé dans les rues de Cape Town en Afrique du Sud, l’un des slogans de la Gay Pride organisée le 6 mars dernier dans la ville la plus gay friendly d’Afrique résume avec naïveté la nette régression des droits des homosexuels observée sur le continent.

“ L’augmentation de la pauvreté a marqué le retour de tous les fondamentalismes, en particulier religieux, analyse Alice Nkom. Les dirigeants africains ont cédé sous le poids électoral de ces groupes d’opinion ”, entraînant une dégradation inquiétante de la situation des gays.

Certes, l’Afrique du Sud est allée jusqu’à autoriser les mariages entre personnes du même sexe en 2006. Mais, selon une étude publiée récemment par l’association sud-africaine Behind the mask, près de dix lesbiennes sont toujours violées chaque mois rien qu’au Cap, sous prétexte de “les soigner”.

Au Burundi, le gouvernement a profité de l’abolition de la peine de mort en 2009, pour introduire dans la Constitution le délit d’homosexualité. Intervention des Nations-unies

Les droits fondamentaux des lesbiennes, gays, bi et transgenres sont tellement menacés sur le continent africain, que la communauté internationale a décidé d’intervenir. Début mars, deux rapporteurs spéciaux des Nations-unies pour les droits de l’homme ont demandé officiellement aux députés ougandais de renoncer à voter une loi clairement anti-gays.

Car en Ouganda si l’homosexualité est déjà considérée comme une activité criminelle, passible de la prison à perpétuité, le projet de loi déposé en octobre dernier prévoit de durcir encore ces dispositions. Toute discussion publique sur l’homosexualité deviendrait un délit, et le propriétaire qui louerait un logement à un homo s’exposerait à des poursuites. La loi prévoit aussi la peine capitale pour le viol d’un mineur par une personne du même sexe ou par un malade du sida  .

Beaucoup choisissent le suicide ou l’émigration

Marginalisés par leurs communautés et leurs familles, mis au banc de la société, les gays souffrent d’un manque d’accès aux campagnes de sensibilisation et de soin contre le virus du sida  . Entre les abus sexuels systématiques dans les prisons, les “viols curatifs” des lesbiennes, et les pratiques à risque dus à des carences de prévention, l’épidémie est en train de se propager de façon inquiétante à travers la communauté gay.

Face à tant de difficultés pour vivre leur sexualité dans la paix et la sécurité, beaucoup d’homosexuels africains choisissent le suicide ou l’émigration à tout prix vers le Nord. Mais Alice Nkom en est certaine :

“Le combat commence par la réconciliation de l’homosexuel africain avec lui-même”.

En partenariat avec Tribune des droits humains et avec le FIFDH

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

En Ouganda, les homosexuels menacés de peine de mort« Le régime ougandais jette les homosexuels en pâture »

Ailleurs sur le Web

Le site et le programme du FIFDH à Genève


VOIR EN LIGNE : Rue89
Publié sur OSI Bouaké le dimanche 14 mars 2010

 

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Très bon documentaire. Pour ceux qui souhaitent le télécharger (bittorrent) : http://www.smartorrent.com/?page=torrentinfo&tid=168080