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Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif

"Je suis ici parce que mon peuple aime sa terre, sans elle nous mourrons" c’est avec ces mots que Roy Sesana, porte-parole bushman a reçu, le Right Livelihood Award (également connu sous le nom de prix Nobel alternatif) au nom de l’organisation bushman First People of the Kalahari.


Mots-Clés / Botswana

Mon nom est Roy Sesana, je suis un Bushman gana du Kalahari, du pays qui est aujourd’hui connu comme le Botswana. Dans ma langue, mon nom est ‘Tobbe’ et notre territoire ‘T//amm  ’. Nous vivons là depuis bien plus longtemps que quiconque.

Lorsque j’étais jeune, je suis allé travailler dans une mine. J’ai enlevé mes habits de peaux pour porter des vêtements occidentaux. Mais je suis retourné chez moi quelque temps après. Cela me rend-il moins bushman ? Je ne le pense pas.

Je suis un leader. Quand j’étais enfant, nous n’avions pas besoin de leaders et nous vivions bien. Mais aujourd’hui nous en avons besoin car nous avons été dépossédés de notre territoire et nous devons lutter pour survivre. Cela ne veut pas dire que je dis aux autres ce qu’ils doivent faire, c’est le contraire, c’est eux qui me disent ce que je dois faire pour les aider.

Je ne sais pas lire. Vous m’avez demandé d’écrire ce discours alors mes amis m’ont aidé, mais je ne peux le lire, je suis désolé ! Cependant, je sais lire la terre et les animaux. Tous nos enfants le peuvent. S’ils ne le pouvaient pas, ils seraient tous morts depuis bien longtemps.

Je connais beaucoup de gens qui savent lire et d’autres, comme moi, qui ne savent lire que la terre. Tous sont importants. Nous ne sommes pas arriérés ou moins intelligent, nous vivons exactement à la même époque que vous. J’allais dire que nous vivons tous sous les mêmes étoiles mais c’est faux, dans le Kalhari elles sont différentes et plus nombreuses. Mais le soleil et la lune sont les mêmes que les vôtres.

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(c) survival international

J’ai grandi en tant que chasseur. Tous nos garçons et hommes étaient des chasseurs. Chasser, c’est partir et parler aux animaux. Ce n’est pas du vol. C’est partir et demander. C’est poser un piège ou prendre un arc et des flèches. Cela peut prendre plusieurs jours. Vous traquez l’antilope. Elle sait que vous êtes là, elle sait qu’elle doit vous donner sa force. Mais elle court et il vous faut courir. En courant, vous devenez comme elle. Cela peut durer des heures et vous exténuer autant que l’animal. Vous lui parlez et le regardez dans les yeux. Et il sait alors qu’il doit vous donner sa force pour que vos enfants puissent vivre.

La première fois que j’ai chassé, je n’ai pas été autorisé à manger la viande. Certaines parties du springbok ont été rôties avec des racines puis étalées sur mon corps. C’est comme cela que j’ai appris. Ce n’est pas votre manière d’apprendre mais cela fonctionne bien.

Le fermier prétend être plus avancé que le chasseur arriéré mais je ne le crois pas. Ses troupeaux ne donnent pas plus de nourriture que les nôtres. Les antilopes ne sont pas nos esclaves, nous ne leur mettons pas de clochettes autour du cou et elles peuvent courir bien plus vite qu’une vache paresseuse ou qu’un berger. Nous courrons ensemble à travers la vie.

Lorsque je porte des cornes d’antilope, cela me permet de communiquer avec mes ancêtres et ils m’aident. Les ancêtres sont si importants, nous serions morts sans eux. Chacun sait cela dans son cœur mais certains l’ont oublié. Serions nous encore là sans nos ancêtres ? Je ne le pense pas.

J’ai été initié pour devenir guérisseur. Il vous faut pour cela savoir lire les plantes et le sable. Il vous faut trouver les bonnes racines et être à la hauteur. Vous conservez certaines racines pour le lendemain, pour que vos petits-enfants puissent les trouver et les manger. Vous apprenez ce que la terre vous enseigne.

Quand les aînés meurent, nous les enterrons et ils deviennent nos ancêtres. Si des maladies se propagent, nous dansons et nous leur parlons ; ils s’expriment à travers mon sang. En touchant la personne malade, je peux trouver la maladie et la soigner.

Nous sommes les ancêtres de nos arrières petits-enfants. Nous prenons soin d’eux, tout comme nos ancêtres prennent soin de nous. Nous ne sommes pas ici pour nous-mêmes, nous sommes ici pour chacun d’entre nous et pour les enfants de nos petits-enfants.

Pourquoi suis-je ici ? Parce que mon peuple aime sa terre, sans elle nous mourrons. Il y a bien des années, le président du Botswana nous a dit que nous pourrions vivre sur notre territoire ancestral pour toujours. Nous n’avons jamais eu besoin que quelqu’un nous dise cela. Bien entendu nous pouvons vivre là où Dieu nous a créés ! Mais le président suivant nous a dit de partir et nous a forcés à le faire.

Ils nous ont dit que nous devions partir à cause des diamants. Puis ils nous ont dit que nous chassions trop de gibier. Mais ce n’est pas vrai. Ils disent beaucoup de choses qui ne sont pas vraies. Ils nous ont dit que nous devions partir pour que le gouvernement puisse nous développer. Le président affirme que si nous ne changeons pas, nous disparaîtrons comme les dodos. Je ne savais ce qu’était un dodo. Mais j’ai trouvé : c’est un oiseau qui a été exterminé par les colons. Le président a raison, ils nous tuent en nous forçant à quitter notre territoire. On nous a torturés et tirés dessus. Ils m’ont arrêté et brutalisé.

Merci pour le Right Livelihood Award. C’est la pleine reconnaissance de notre lutte et il permettra de faire entendre notre voix dans le monde entier. J’ai appris que le prix nous avait été décerné le jour même de ma sortie de prison. Ils disent que celui qui se tient devant vous aujourd’hui est un criminel.

Je me demande de quel développement il s’agit lorsque les gens vivent moins longtemps qu’avant ? [Dans les camps de relocalisation] le sida   fait des ravages parmi nous. Nos enfants sont maltraités dans les écoles et ne veulent plus y aller. Certains d’entre nous se prostituent. Nous n’avons pas l’autorisation de chasser. Les gens se battent entre eux par ennui et parce qu’ils boivent. On commence à constater des suicides. Nous n’avions jamais vu cela auparavant. Cela fait mal de dire ça. Est-ce cela le développement ?

Nous ne sommes pas primitifs. Nous vivons différemment de vous mais nous ne vivons pas exactement comme nos grands-parents, tout comme vous. Vos ancêtres étaient-ils primitifs ? Je ne le crois pas. Nous respectons nos ancêtres. Nous aimons nos enfants. C’est la même chose pour tout le monde.

Il faut maintenant que le gouvernement cesse de nous voler notre terre : sans elle nous disparaîtrons.

Si celui qui a lu beaucoup de livres pense que je suis un primitif parce que je n’en ai lu aucun, alors il devrait jeter tous ses livres et chercher celui qui dirait que nous sommes tous frères et sœurs devant Dieu et que nous aussi avons le droit de vivre.

C’est tout. Merci.

Roy Sesana First People of the Kalahari, Botswana


Publié sur OSI Bouaké le jeudi 13 avril 2006

 

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> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif

bonjour, je suis triste et enervée depuis que j’ai lu votre page. Ca fait environ 6 ans que je veux rencontrer les bushmen. Je suis tombée amoureuse d’eux, amoureuse de leur façon de vivre, de penser, de respecter tout ce qu’il y a autour d’eux... Quel malheur qu’il soient dans des réserves. C’est la honte pour les gens qui se disent "civilisés". J’aimerais aller la bas et faire des choses pour eux.est-ce possible ?? Merci


> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif
29 décembre 2005, par  free.fr">didier   [retour au début des forums]

Bonjour Ophélie,

et merci pour l’intérêt que tu portes aux bushmen. bien sur que l’on peut les aider, ils sont actuellement persécutés par le gouvernement du Botswana qui souhaite :

  • intensifier la prospection diamantaire dans la région du Kalahari et également
  • y développer le tourisme,

tout cela passe par la sédentarisation des bushmens, l’abandon de leur terres et de leur culture qui fera d’eux à coup sur, une attraction touristique...

pour m’être rendu là bas, il y a quelques années, je peux témoigner du fait qu’aller sur place, n’est pas forcément le meilleur moyen pour les aider. je sais cela peux sembler frustrant, mais les combats actuels auxquels doivent faire face les bushmens se gagnent dans les tribunaux internationaux, à l’ONU  ...et dans les opinions occidentales….

Aussi un des meilleur moyen, de les aider à titre individuel est sans doute de d’aider à faire connaître, leur histoire, leur culture, et leur combat...

tu peux par exemple te rapprocher de l’association Survival International http://www.survivalfrance.org qui milite pour la survie et l’autodétermination des peuples autochtones, et qui en particulier à la pointe du combat en faveur des bushmens.

ils sont à la recherche en permanence de correspondants locaux, pour relayer et faire connaître leur action...

si tu as d’autres questions n’hésites pas

Didier


> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif

Bonjour, Ophélie,

Je comprends parfaitement ton amour des « bushmen ». Je vais te raconter une petite histoire. Il y a bien des années, j’ai eu l’occasion de voir un film documentaire consacré au Kalahari, et je me souviens que le cameraman avait suivi un couple de chasseurs bushmen au cours d’une chasse à l’antilope. Tout se passait comme l’a raconté Roy Sesana (Tobbe chez les siens). J’ai vu la course des chasseurs poursuivant l’animal qu’ils avaient blessé d’une flèche empoisonnée, et que le poison se répandant dans son organisme ralentissait de plus en plus, jusqu’au moment où, à bout de force, il s’était laissé choir sur le sol. Les chasseurs s’en étaient approchés, l’un d’eux dardant une nouvelle flèche vers lui. L’animal blessé avait levé le museau, et je me rappelle très bien de ce que son regard avait d’implorant. C’est alors que j’ai vu cette chose extraordinaire que je n’ai jamais oubliée, et que l’on ne verra jamais de la part de l’un de ces abominables chasseurs de chez nous, qui assassinent les animaux en série, bien confortablement assis dans leurs miradors. Celui des deux Bushmen qui n’avait pas bandé son arc a caressé de sa main tendue le museau de la bête, et cela a été un ultime mais combien intense moment de communication entre l’homme et l’animal. L’instant d’après celui-ci était achevé par l’autre chasseur. Ayant vu cela, je me suis dit que ces petits hommes-là étaient restés bien plus hommes que nous le serons jamais, et qu’ils méritaient autrement de vivre que les bêtes sauvages que nous sommes devenus, nous qui saccageons tout sans distinction, au nom du profit imbécile et criminel. Comme le prouve la décision tout aussi monstrueuse de perpétrer un véritable génocide sur le peuple des Bushmen, car celui-ci ne résistera pas plus à la sédentarisation forcée que n’ont pu le faire naguère les Indiens d’Amérique, parqués dans d’étroites « réserves indiennes » pendant que leurs terres étaient livrées au pillage. L’Histoire ne fait que se répéter !

Comme te l’a dit Didier, il ne sert rien d’aller sur place pour tenter de les sauver, car le combat se déroule ailleurs. Le problème ne se pose d’ailleurs pas que pour les Bushmen du Kalahari, car pratiquement toutes les populations de l’Afrique noire sont menacées à terme de disparition pure et simple. J’ai pu voir d’autres images, celles d’enfants nigériens squelettiques et affamés, assis dans la poussière (à cause de la sécheresse), en train de gratter la terre à la recherche de l’une ou l’autre graine oubliée… Didier faisait allusion aux opinions occidentales. Le fait est que chez nous on ne rencontre que la plus complète indifférence à l’égard de ce genre de problème. Comme si nous n’étions pas concernés ! Les Occidentaux se prennent pour des êtres supérieurs, se considérant comme les seuls héritiers de la civilisation gréco-romaine. Je suis désolé d’avoir à les contredire : ils ne sont les héritiers que d’une civilisation déjà très décadente à l’époque qu’ils considèrent comme ayant été le « sommet » de la civilisation antique. Déjà les Grecs eux-mêmes, à l’époque de Platon, en avaient conscience. Mais il n’est pas trop bien vu de le dire ! Les véritables héritiers de la civilisation antique, à une époque où elle était pleine de vie et d’exubérance, ce sont les Africains ! Je pense notamment à ce Niger auquel je viens de faire allusion, et qui est un pays de très haute culture, de culture vivante, une chose qui est absolument inimaginable chez nous, où tout est faux et frelaté. Alors, si tu veux faire honte aux pays riches du massacre dont ils sont les premiers responsables, dans tous ces pays d’Afrique où les populations sont condamnées à une mort lente, instruis-toi de ces multiples cultures, régénère-toi à leur contact, fais-toi « grecque » autant qu’Africaine, et tu deviendras une véritable Européenne ! Témoigne hautement du fait qu’en faisant périr ces gens qui sont infiniment plus riches que nous, mais d’une richesse que nous méprisons depuis trop longtemps, nous achevons de nous tuer nous-mêmes. Et redonne-leur l’occasion de retrouver la fierté que nous n’aurions jamais dû leur faire perdre, en les égarant, en les éblouissant par notre technologie imbécile. N’oublie jamais, c’est en les sauvant que nous nous sauverons nous-mêmes.

Daniel.

> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif
23 janvier 2006, par Marjorie   [retour au début des forums]

aujourd’hui j’ai comencer a étudier sur ce peuple a travers le film"les dieux sont tombés sur la tete" en autre,personnellement je trouve scandaleux que ce peuple soit chassé de son territoire tout ça car ils ne subissent pas la mondialisation ?car eux ont des valeurs fondamentale.Les chasser de leur terre ancestrale,de les priver de leurs mode de vie c’est les tuer

> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif

votre article pertinant et révelateur d’un phénomène incompréhensible mené par la modernité des hommes me terrifis. Ces voix d’extinctions concernant les éthnies africaine me révolte. Ayant particuliairement un attachement envers la vie des Bushmen, pour de petites raisons mais suffisament fortes pour compatir leur souffrance à garder leur indépendance. Pour améliorer et avancer cet action, j’aimerai me rendre utile. Je suis étudiant en BTS tourisme. Etant passionné par la réalisation audio-visuel, je pourai peut être crée un court metrage ou reportage pertinant et informatif pour propager le problême Bushmen. Qu’en pensez vous ? si vous êtes intéressé je vous détaillerai ce projet ambitieux. Merci beaucoup Gautier

> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif

bonjour, Etant en STAPS (fac de sport) option danse, je devais choisir un sujet de danse afin de faire un dossier. Le peuple des Bushmen m’interesse énormément. J’aimerais avoir de la documentation en ce qui concerne les rituels, danses, vie au quotidien, leur histoire... Merci d’avance email : ksikjunior hotmail.com

> Botswana : les Bushmen du Kalahari reçoivent le prix Nobel alternatif

bonjour, je suis presidente de l association Objectif monde et des gens de l universite de Johannesburg m ont parle de projets pour les bushmen, style farmshools, pourriez vous m aider ? a bientot francine Aubry