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Appel à l’action pour les enfants d’un jeune rendu orphelin par le SIDA

Le jeune orphelin ivoirien Rodrique Koffi Kolou, 20 ans, réclame des actes !


PARIS, 16 JUIN 2006 - Colloque "Enfance et Sida  "

Rodrigue Koffi Kolou, orphelin ivoirien de vingt ans, a perdu ses deux parents de maladies liées au sida  . Lors de la conclusion de la Conférence sur les enfants et le SIDA  , il a réclamé des actes et non plus des paroles.

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Rodrigue Koffi

« Nous sommes fatigués des programmes et des plans nationaux en faveur des orphelins et des enfants vulnérables qui n’existent que de nom et qui se traduisent sur le terrain par des ateliers. Ce que nous attendons, c’est que les fonds attribués par les bailleurs soient à la disposition des ONG, associations et autres structures qui travaillent effectivement sur le terrain ».

Rodrigue est maintenant président de N’Zrama, une association qui travaille avec les enfants affectés par le sida   en Côte d’Ivoire.

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Rodrigue Koffi à la sortie du colloque

Son message a rencontré beaucoup d’échos auprès des représentants venus du monde entier pour deux jours de colloque consacrés aux solutions à apporter aux enfants affectés par la pandémie du sida  .

Mme Rima Salah, Directrice générale adjointe de l’UNICEF, a déclaré qu’il était temps d’élargir la portée des programmes contre le SIDA   pour les enfants. L’ années dernière seulement, les maladies liées au SIDA   ont tué plus d’un demi million d’enfant à travers le monde et 540 000 enfants de moins de 15 ans ont été infectés par le VIH  .

En fin de colloque, la directrice adjointe de l’Unicef, Rima Salah, a dit qu’il était temps d’élargir la couverture des programmes sida   consacrés aux enfants.

« Nous savons ce qui doit être fait »

« Pour passer à l’échelle, nous savons ce qui doit être fait, a-t-elle dit. Nous devons maintenant passer aux actes, le plus massivement et le plus rapidement possible. Il faut que les expériences pilotes initiées par les gouvernements et la société civile (ONG, associations locales) qui ont démontré leur efficacité soient largement développées. Ce colloque nous démontre aussi que c’est en bonne voie ».

Organisé par des partenaires venus des secteurs public et privé, le colloque international a rassemblé des acteurs clés de la lutte contre le sida   qui se sont donnés pour objectif de porter l’attention sur les enfants.

Ils ont dressé l’état des lieux de la situation des enfants affectés par le VIH  /sida   et ont cherché comment faire monter en puissance les réponses qui leur sont apportées, particulièrement dans le domaine des traitements pédiatriques.

Le colloque, initié par l’Unicef France, se place dans la lignée de la campagne « Unissons-nous pour les enfants contre le sida   », campagne lancée par les Nations unies en octobre 2005.

Dan Thomas


VOIR EN LIGNE : unicef
Publié sur OSI Bouaké le mardi 20 juin 2006

 

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par le trou de la serrure

Je voudrais vous faire part de mes réactions, celles de quelqu’un de la société civile, qui a passé quelques soirées à regarder avec attention la totalité des vidéos du colloque "enfance et sida  "... (oui je sais il ne faut pas être très normal pour passer ses soirées à cela...)

Même vu ainsi à la dérobée, c’était en quelque sorte mon premier colloque concernant la lutte contre le sida   et le moins que l’on puisse dire est que mes sentiments sont mitigés...

Avant de vous de poursuivre, je précise que ces quelques lignes n’engagent que moi, et ne sont prononcées (écrites) au nom de personne d’autre que leur auteur... je ne prêche pour aucune chapelle, ni même aucune association... je n’appartiens à aucun parti politique et ceci m’offre une liberté de parole dont je n’hésiterais pas à user...

Autant vous le dire tout de suite, mon premier sentiment à chaud fut assez négatif...

A priori l’intérêt de ce colloque exclusivement consacré à l’enfance et au sida   était réel, le comité scientifique avait (d’après le dossier de presse) bien travaillé et choisit un certain nombre de thèmes précis et le colloque se donnait il me semble comme ambition de déboucher sur des propositions ou au moins des ébauches (pour le passage à l’échelle des différents programmes par exemple). Bref ce colloque se voulait constructif, porteur de projets si ce n’est de solutions.

Comme je suis naïf je m’attendais à assister "on-line" à des rencontres, à des échanges ouverts entre les différents acteurs :

  • gens de terrains (je ne fais pas de distinction entre les travailleurs sociaux et représentants des ONG ou autre organisations du Sud, et consultants du Nord, oeuvrant eux aussi sur le terrain),
  • jeunes infectés ou affectés à qui on donnait enfin la parole,
  • et institutionnels, que l’on semble plus communément appeler les "panélistes"...

et en fait d’espace de débat et de parole, j’ai vu tout doucement, une frontière se dessiner, entre les acteurs de terrains et les panélistes, le dernier après midi et a table ronde finale, ressemblait pour moi à une tentative de récupération de la parole des représentants du Sud.

merci d’être venu, on vous a écouté...rendez vous en Août à Toronto...

C’est comme cela à chaque fois ? ...

J’ai vu des gens de terrains témoigner de leurs difficultés, de leurs souffrances, mais aussi de leurs espoirs, et des résultats de leurs expériences concrètes, en face de panelistes qui dans le meilleur des cas en prenaient bonne note...(pour la prochaine fois ?)

Franchement la plupart des interventions étaient intéressantes (Jeanne Gapiya, Julien Makaya, Monica Ruiz Casares, Rose Dossou...) mais on est resté dans le constat, plutôt que dans la mise au point de solutions...

Un ième état des lieux, beaucoup de questions, et très peu de réponses en réalité...

Pour ce qui est du contenu des exposés, étant profane, je n’irais pas le contredire, j’ai appris beaucoup de choses sur la PTME  , sur les ARV  , sur la bonne observance des traitements, les merites comparés de tel ou tel médicament... sur la bonne terminologie à employer aussi...

mais beaucoup de voix dans la salle, se sont élevées en fin de séance, pour rappeler combien ces discours étaient loin des réalités du terrain (la question de l’allaitement maternel, semble par exemple avoir donné lieu à des programmes, tellement déconnectés des réalités locales qu’ils ont fait l’unanimité contre eux !)

Les autres programmes institutionnels (UNICEF, PAM, PEPFAR  ...) semblent aussi pour le moins contreversés...

Pourquoi vouloir toujours chercher à "pondre" des solutions universelles, qui s’appliqueraient à la terre entière, en faisant fi des contextes locaux... ?

J’ai beaucoup entendu parlé du "passage à l’échelle",... une préoccupation importante, d’autant plus qu’il y a urgence, c’est une réelle difficulté certes devant l’ampleur de la pandémie... mais il ne faut pas que ça vous paralyse...

Certes l’enjeu est important, mais il me semble que les projets locaux ou régionaux manquent encore de soutien, de visibilité, ...

Comment envisager des programmes à l’échelle nationale ou internationale, sans avoir jamais réellement investi pour renforcer ce qui fonctionne localement ?

Pourtant l’expertise existe, des plans en faveur des enfants commencent aussi à voir le jour, ... il ne manque qu’une décision pragmatique, celle de les mettre en œuvre, à l’échelle d’une région sans doute d’abord. Pour envisager leur mise à l’échelle, au niveau d’un pays, il faut sans doute d’avantage de structures et moyens humains et matériels, voire d’infrastructures, mais ils me semble sont là des défis à la hauteur des institutions en présence (UNICEF, AFD, MAE, ONUSIDA  ...)

"vous savez ce qui doit être fait" dites vous, alors qu’attendez vous pour lancer les projets pilotes : les compétences et les acteurs de terrains existent déjà, et attendent juste les moyens d’agir...

Je vais vous confier une anecdote, j’ai comme clients des entreprises miltinationales qui souhaitent mettre en place leur système d’information sur une vingtaine de pays... la comparaison est osée, les enjeux sont differents mais il me semble que l’on ne procède pas différemment : mise en place d’un site pilote, évaluation, réajustement, passage à l’échelle du pays, "localisation" pour les autres pays (avec les partenaires locaux)... çe sont vraiment des étapes classique des projets dans le secteur privé...

Certes je vous accorde une différence de taille avec les enjeux du sida   : mes clients sont solvables ! ...et oui, ça serait tellement plus facile si les pauvres avaient la bonne idée de gagner plein d’argent, voilà qui rendrait leur LTV beaucoup plus attractive pour les bailleurs de fond... (Allez vous attendre que les enfants soient solvables pour agir ? pour financer ces projets ?)

Il me semble que lors de ce colloque, il a été à un moment évoqué la marginalité et le faible impact de certaines initiatives... je parraine un orphelin du Sida  , et pour moins de trente euros par mois, il est scolarisé, il bénéficie d’une aide alimentaire (qui profite à toute sa famille), d’un soutien psychologique, d’un suivi médical et social... ce qui je pense, fait une vraie différence pour lui et je l’espère lui permet d’envisager un avenir... J’ai bien compris que ce n’est qu’une goutte d’eau, inapplicable à plus grande échelle, dois je m’en excuser ? Que lui/me proposez vous d’autre ? Je vous rassure, le jour où cet enfant sera pris en charge, par l’UNICEF, le Fond ou la Banque Mondiale, j’arrêtais sur le champ mon parrainage ! mais je ne sais pas pourquoi, à entendre (et à attendre) les solutions proposées, j’ai l’impression au contraire que je vais continuer encore un moment...

Il a été aussi évoqué dans l’assistance le dénuement des partenaires du Sud, leur manque de moyens est patent (je vous renvoie à leur témoignage), et il me semble quelque peu paradoxal par exemple qu’ils repartent de vos colloques avec une mallette et des CD-ROM, pleins de beaux rapports au format PDF, alors que la plupart d’entre eux n’ont pas de quoi les lire, ni les imprimer !

Je vous ferais grâce des difficultés rencontrées pour obtenir un visa pour venir à ce colloque, pourtant co-organisé par le MAE... (comme s’ils venaient mendier vos bonnes paroles ! ils viennent vous aider à bâtir des solutions !)

Allez passons vite au point positif, parce qu’il y en a un

Heureusement était invités, des jeunes enfants affectés/infectés des pays du sud qui ont su se saisir avec vigueur de leur court instant de parole, et "illuminer" ainsi ce colloque !

Merci Awa, merci Rodrigue, je rêve, d’un prochain colloque, où vous ne ferez plus le discours de clôture mais plutôt celui d’ouverture... La puissance de vos témoignages aurait du s’exprimer d’emblée pour mieux orienter les débats...

Pourquoi faut il que ce soit Awa, qui demande avec force à avoir accès à des médicaments moins chers alors que l’on sait tous que c’est un des nerfs de cette "guerre", les institutionnels qui se sont exprimés sur les ARV   lors du colloque, ont il eu peur de faire de la peine aux labos, de nommer les responsabilités ? Je les ai trouvés pour le moins timides sur le sujet, ...(on ne mord pas la main de ceux qui nous nourrit... ?)

Pourquoi a t il fallu attendre aujourd’hui pour qu’une jeune orpheline vivant en France, trouve (enfin !) dans ce colloque le courage de prendre la parole, libérée par les témoignages des enfants affectés d’Afrique ou des Caraïbes qui vivent la même histoire qu’elle... Parce que nous en sommes là en France aussi...il est bien des domaines où les plus faibles d’entre nous n’ont plus la parole, et qui ont bien plus de points communs avec les gens du Sud, qui vivent des problèmes semblables aux leurs, qu’avec le reste de nos concitoyens...

Les enjeux sont plus que jamais politiques, un grand merci à la jeune militante qui a rappelé cela avant la clôture de ce colloque...

Cela me permet de revenir sur le discours d’ouverture de notre ministre des affaires étrangères venu nous dire que le sida   est avant tout du domaine et du ressort du politique et que les choses se jouent essentiellement à l’OMC, en résumé que ce sont les politiques libérales qui sont responsables des écarts Nord/Sud... et finalement faire la promo de l’UNITAID  ... j’ai presque eu envie d’applaudir... Quel magnifique grand écart,...c’est vrai que dans ce gouvernement, il est à bonne école...

(je n’ai pas d’à priori contre l’UNITAID  , mais en quoi est ce une remise en cause des accords de l’OMC ? en quoi cela va t il faire baisser le coup des traitements ?)

Et l’argent des fonds internationaux, où va t’il ? , pas où il faudrait c’est certain, à entendre les intervenants...

alors où ? nos grands bailleurs ne pratiquent ils pas le plus élémentaire controle de gestion ? je l’ignore..mais visiblement personne n’a la réponse... en l’attendant que l’on nous explique et nous rende des comptes, je vais user de la liberté de parole que je me suis offerte en préambule, pour simplement recommander la lecture éclairante, des publications de l’association Survie par exemple...

Pour finir je me demande combien d’autres colloques de ce type faudra il, pour que les paroles des acteurs de terrains soient vraiment entendues ? Une suggestion pour le prochain colloque, investissez un peu d’argent en aidant pendant un an chaque partenaire pour qu’il puisse revenir l’an prochain non plus avec des questions et des témoignages, mais avec des propositions, des plans d’actions. Et invitez à ce colloque les gens qui auront les moyens de décider de les mettre en oeuvre, Vous gagnerez en efficacité ! Ca ne fonctionne pas comme ça ?, ce ne sont pas les bons acteurs ? la bonne procédure ? (...mais quand un mode de fonctionnement echoue année après année, il est peut être temps de bousculer un peu les choses... ?) oui je sais, je fais sans doute encore preuve de beaucoup de naïveté...

Pourtant je pense que c’est du terrain, que viendront les solutions...

"vous savez ce qui doit être fait"...j’aurais préféré entendre "nous allons faire ce qui doit être fait"...

Quel décalage entre ces beaux discours qui ronronnent, et l’intervention d’un Rodrigue ou d’une Awa !

Oui Awa, l’avenir ne doit pas se faire sans vous, Oui Awa, c’est grâce à votre participation et votre implication et de vos imaginations que sortiront les solutions...

Enfin, je ne peux que souscrire à l’idée d’une mise en réseaux de ces jeunes acteurs et de la création du groupe JAIV  , et même si ce devait rester l’unique action concrète issue de ce colloque, ça valait le coup !

(je mets dors et déjà mes maigres compétences techniques à votre disposition, si vous en avez besoin...)

Didier