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Adoption et racisme : Jean-Vincent Placé, « notre Coréen national »

Selon Alain Marleix (UMP) qui a raillé le Vert Jean-Vincent Placé, conseiller politique de Cécile Duflot


Rue89 | 03/09/2011 | Blandine Grosjean, Augustin Scalbert et Sophie Verney-Caillat -

Photo : Jean-Vincent Placé discute avec Harlem Désir et François Lamy à l’université d’été du PS à La Rochelle, le 28 août (Régis Duvignau/Reuters).

Il y a eu l’Auvergnat de Brice Hortefeux et la Norvégienne de François Fillon ; voici le Coréen d’Alain Marleix, le spécialiste du découpage électoral à l’UMP, à propos de l’écologiste Jean-Vincent Placé. Les journées d’été du parti commencent fort.

L’interview recueillie par Public Sénat est anodine, elle porte sur ses pronostics pour les élections sénatoriales à venir : l’ancien secrétaire d’Etat Alain Marleix n’est pas inquiet pour son parti. Mais soudain, il a ces mots :

« Dans l’Essonne, […] notre Coréen national, Jean-Vincent Placé, va avoir chaud aux plumes. »

A priori, aucune raison à cette sortie, au contraire de Fillon qui avait dérapé en répondant aux critiques d’Eva Joly sur le 14 Juillet. Sauf si l’on connaît le visage de Jean-Vincent Placé, et que l’on sait qu’il est né à Séoul et a été adopté.

Jean-Vincent Placé, candidat aux sénatoriales et conseiller politique de Cécile Duflot, réagit auprès de Rue89 :

« C’est un scandale absolu, et je suis rarement scandalisé. Aujourd’hui il s’agit de moi, mais demain il dira de Manuel Valls “notre Espagnol national” ou de Rachida Dati “notre Marocaine nationale”, ou encore de Rama Yade “notre Sénégalaise nationale”.

Je pense à mes parents [adoptifs, ndlr]. Le fait d’être coréen n’est bien sûr pas une infamie. Mais tout simplement, je suis français depuis 34 ans et uniquement français. »

Comme tous les enfants adoptés sous forme plénière, Jean-Vincent Placé est français par filiation. La loi française dit même qu’il est « réputé être né français ». Contrairement aux premiers commentaires suscités par la sortie de Marleix, Placé n’est pas « naturalisé » (comme l’est par exemple Manuel Valls, dont les parents sont espagnols).

Sonné, Placé a tweeté :

« Marleix parle de moi à Marseille “notre Coréen national”. Racisme, xénophobie, connerie, beauferie ? On a tout à la fois. »

Pour monsieur Marleix, seul le sang donne le droit d’être français

Il devait envoyer un communiqué à l’AFP, dont voici la teneur :

« J’ai été adopté en 1975 par une famille normande, naturalisé deux ans plus tard, fait toute ma scolarité, mes études et toute ma vie professionnelle en France.

J’ai travaillé à l’Assemblée nationale, je suis vice-président du conseil régional d’Ile-de-France et même chevalier de l’Ordre national du mérite. Je suis connu pour l’amour que je porte à ma patrie d’adoption et tout ce que monsieur Marleix trouve à dire pour me qualifier c’est “notre Coréen national”.

Cela démontre une fois de plus la “lepénisation” avancée de l’UMP après les propos condamnés de monsieur Hortefeux sur “l’Auvergnat”, le débat scandaleux sur la binationalité porté par l’extrême droite populaire et les attaques indignes d’un Premier ministre de monsieur Fillon à l’encontre d’Eva Joly.

Pour monsieur Marleix, manifestement, seul le sang donne le droit d’être français. C’est une honte qu’un élu de la République puisse tenir de tels propos. »

Cécile Duflot s’en mêle

Fin connaisseur de la carte électorale, réputé pour sa discrétion, Marleix, ancien journaliste diplômé de l’ESJ de Lille, a rapidement rejoint le quotidien gaulliste La Nation.

C’était un proche de Charles Pasqua, dont il a été le conseiller, en 1986, au ministère de l’Intérieur. Depuis une dizaine d’années, c’est le spécialiste du « charcutage électoral » à l’UMP.

Selon nos informations, Cécile Duflot s’apprêtait à demander à Jean-François Copé, le patron de l’UMP, qu’il présente ses excuses. Elles sont venues dans l’après-midi, sur Twitter et lors d’un point presse donné par le secrétaire général du parti majoritaire, à Marseille, devant des journalistes dont l’envoyée spéciale de Rue89 :

« Les propos d’Alain Marleix sur Jean-Vincent Placé sont maladroits. Je les regrette, je les récuse. »

« Nos enfants sont renvoyés à leurs apparences extérieures »

Alain Marleix va devoir s’expliquer auprès des familles adoptives qui ne vont pas aimer, mais pas du tout, ce coup bas.

Jointe par Rue89, Geneviève Miral, présidente de l’association « Enfance et familles d’adoption », soupire :

« C’est navrant, vraiment, de voir que l’adoption n’est pas considérée comme une filiation égale à la filiation biologique.

Une fois de plus, on est confrontés à la méconnaissance du sujet, ennuyeuse pour un élu de la République.

Une fois de plus, nos enfants sont renvoyés à leurs apparences extérieures, comme si ce qui les définissait exclusivement, c’était leur origine. Et parmi les enfants adoptés de “couleur”, ceux d’origine asiatique ne sont pas épargnés par le racisme.

Jean-Vincent Placé est renvoyé à ce que nous vivons quotidiennement : son adoption, et donc le fait que sa filiation ne serait jamais acquise totalement. »


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Publié sur OSI Bouaké le dimanche 4 septembre 2011

 

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Adoption et racisme : Jean-Vincent Placé, « notre Coréen national »
22 novembre 2013, par Sand   [retour au début des forums]

Merci de votre commentaire sur un sujet sensible qui est rarement parlé : le racisme auquel se confrontent parfois au quotidien les adoptés non-blancs en France. J’avais un patient de 22 ans adopté à Madagascar qui habitait une ville moyenne et à chaque fois qu’il était au volant de la BMW de ses parents se faisait arrêter par la police qui le soupçonnait d’être un dealer. Les clichés raciaux et racistes ont la peau très dure et cela connote très négativement le vécu des adoptés. Il faut aussi rappeler qu’être adopté, c’est grandir en famille pendant quelques années, pour ensuite passer toute sa vie d’adulte dans un pays où tout vous rappelle sans cesse votre étrangeté.