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Abidjan : une maison pour les orphelins du sida

L’ONG Chigata a été créée en 2001


lundi 23 octobre 2006, par Olivia Marsaud

Les enfants séropositifs et les orphelins du sida   sont particulièrement vulnérables et ont besoin d’être pris en charge, de façon médicale bien sûr, mais aussi sur un plan psycho-social. Rose Dossou, directrice de l’ONG Chigata à Abidjan, en Côte d’Ivoire, l’a bien compris. Elle leur offre depuis 2001 un havre de sérénité, d’écoute et de tendresse.

C’est une maison avec un petit jardin, en plein coeur du très populaire quartier de Yopougon, à Abidjan. Une maison qui ressemble à ses voisines, avec cette différence que derrière ses murs se cache l’ONG Chigata (« espoir »). Sur l’écran de veille de l’ordinateur de sa directrice, Rose Dossou, défile la phrase : « Tant qu’il y a de la vie, il y a l’espoir »... Et cela résume bien le parcours de cette battante qui a fondé Chigata en 2001, première structure abidjanaise de prise en charge des orphelins du sida   (OEV  ). Son objectif : améliorer les conditions de vie des enfants infectés et des OEV  . « Les enfants sous traitement ont besoin d’être pris en charge dans un centre car il faut respecter à la lettre la prise des médicaments. Les parents ne font plus de suivi une fois que l’enfant semble avoir pris l’habitude du traitement mais certains d’entre eux jettent leurs médicaments ou n’osent pas les prendre, surtout quand ils sont à l’école, de peur de se faire remarquer. A Chigata, on fait très attention et les enfants n’ont jamais de maladie grave », explique Rose. Depuis 2001, Chigata offre ses services à quelque 800 OEV   en provenance de sites médicaux comme le CHU ou le centre de Protection Maternelle Infantile (PMI) de Yopougon.

Activités principales : les visites à domicile, dans l’ensemble de la capitale économique ivoirienne, pour identifier les problèmes au sein des familles, les cours de renforcement, prodigués par trois enseignants bénévoles à 60 enfants chaque année, pour pallier aux absences en cours dûes à la maladie, et des séances de kinésithérapie deux fois par semaine pour les enfants qui ont un retard de croissance et des problèmes respiratoires. L’ONG Chigata organise aussi des groupes de parole tous les mois pour les enfants et les parents et a mis sur pied une troupe théâtrale enfantine qui permet de faire de la sensibilisation communautaire. « Les scénettes racontent la vie des enfants touchés par le virus, évoquent le rejet, les discriminations. Nous écrivons à partir des histoires personnelles des enfants et ça touche beaucoup de monde. », confie Rose Dossou.

La vie est dure

Depuis 2004, la maison est aussi devenue centre d’hébergement provisoire pour les enfants en grande difficulté, avec une capacité de 10 lits permanents. « Nous n’avons pas beaucoup de place », se désole la directrice en faisant visiter les deux chambres communes avec des lits en hauteur, pour gagner de l’espace. « Les couchages ne sont vraiment pas terribles mais les enfants se sentent bien ici et ne veulent plus repartir ! La politique nationale est axée sur la prise en charge des enfants au sein des familles mais il y a parfois des rejets... D’octobre 2004 à ce jour, 67 enfants sont passés en transit et 45 ont réintégré leur famille. Ils restent de 3 à 6 mois mais certains sont là depuis deux ans ! Pendant la période de transit, nous parlons sans relâche aux familles élargies pour réintégrer l’enfant. » Ce qui n’est pas toujours facile. Pour encourager les proches à reprendre l’enfant en charge, l’Unicef aide l’ONG en finançant des activités génératrices de revenus, comme l’ouverture d’un petit commerce. Chigata reçoit aussi des dons qui lui permettent de distribuer de la nourriture tous les mois à 50 familles. Enfin, l’ONG a mis en place un projet d’apprentissage pour les OEV  , avec l’appui de l’Unicef, opérationnel au cours de ce mois d’octobre.

Chigata vit de dons, de financements (une aide de Solidarité sida   est prévue pour 2007) et assure des prestations dans le domaine de la restauration pour améliorer son ordinaire. L’Unicef apporte une aide pour les fournitures scolaires à la rentrée et les médicaments pour traiter les maladies opportunistes. Mais les temps sont durs. La crise généralisée que connaît le pays depuis 2002 et la stigmatisation liée au sida   rendent la vie de l’ONG difficile. « On a été expulsé de notre premier siège sans raison alors que nous avions toujours payé le loyer, et nous avons aussi un problème de personnel. Ce sont tous des bénévoles, ils viennent quand ils peuvent. Il nous faudrait des permanents. »

Le calme avant la rentrée

Visité à la fin du mois de septembre, le centre est calme : les enfants sont encore en vacances. Certains sont partis dans leurs familles, d’autres ont été placés dans des familles d’accueil. Restent leurs dessins, accrochés aux murs, porteurs de leurs espoirs. Leur bonne étoile, c’est Rose, personnellement touchée par la maladie. Dépistée positive pendant sa grossesse, son cadet est infecté. « Mon fils a commencé les ARV   (thérapies antirétrovirales) très tôt, en 1998, c’est une chance : aujourd’hui il a 10 ans et va très bien. Je veux donner cette possibilité aux autres enfants. » Rose a impliqué ses trois autres enfants dans le suivi du traitement de leur frère, leur a expliqué la maladie. « Au début, mon fils était très malade, nous avions peu d’espoir. Mais des changements ont eu lieu en quelques mois, avec les médicaments. A l’époque, il n’existait pas d’ARV   sous forme pédiatrique : j’ouvrais les gélules pour lui donner la poudre », se souvient Rose.

« Je lui ai annoncé sa séropositivité à 9 ans. A 8 ans déjà, il a commencé à se poser des questions. Il ne comprenait pas pourquoi il devait prendre des médicaments tous les jours alors qu’il n’était pas malade. Lorsque je lui ai annoncé, il est resté muet. Il avait rendez-vous chez la psychologue, à la PMI, et c’est avec elle qu’il a pleuré. Moi, tout le monde sait dans le milieu que je suis séropositive. Je n’ai jamais eu honte, je parle à la presse », insiste celle qui, avant de diriger Chigata, était à la tête de l’association des femmes vivant avec le VIH  , Amepouh (« Nous vaincrons »). Vaincre la maladie, c’est possible, Rose le sait. Et comme toutes les mères, elle montre fièrement la photo de son petit dernier. Il est beau. Et en pleine santé.


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Publié sur OSI Bouaké le vendredi 27 octobre 2006

 

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